Avatar de Cameron : deux lectures possibles.
mardi 2 février 2010, par

... ou pourquoi l’internaute qui surfe sur des "sites natio’" peut aller voir Avatar sans se prendre la tête.
Attention, sans contenir de spoiler à proprement parler, ce texte évoque suffisamment les ressorts principaux de l’histoire pour être déconseillé aux futurs spectateurs soucieux de préserver leur plaisir.
Au delà de l’incontestable réussite technique et artistique que constitue le blockbuster de Cameron, on peut s’interroger sur le message véhiculé par l’histoire. Les deux premiers aspects ne seront que peu abordés ici, on peut se reporter utilement au texte suivant : http://louvreuse.net/Analyse/avatar.html. Du point de vue de la sensibilité des rédacteurs de ce site, la question est de savoir si le film est une ode à l’idéologie du bon sentiment, de l’écologie élevée en doctrine et du relativisme culturel, et s’il est destiné à conforter l’avachissement moral des populations occidentales qui assistent passivement à la destruction de leurs sociétés.
En première lecture, la réponse à cette question est indéniablement : oui, tout y est. Les représentants du mythe du bon sauvage, des humanoïdes filiformes et attachants, sont opposés au complexe militaro-industriel du terrien colonisateur, doté des attributs occidentaux les plus détestables, qui viole leur planète avec ses exploitations minières hyper-mécanisées. La communauté scientifique attachée au projet ne représente qu’une opposition dérisoire face aux impératifs économiques. En arrière plan, on distingue le message écologique selon lequel tous les éléments d’un monde sont inter-connectés d’une mystérieuse façon et qu’affecter l’un deux a des conséquences pour tous les autres, version mystique des aspects scientifiques de l’écosystème mondial.
Cette lecture prévaut pendant la plus grande partie du film, le fil de l’histoire emmène le spectateur vers la détestation de l’humain envahisseur et colonisateur qui ignore et foule au pied les droits les plus légitimes et les plus élémentaires des indigènes. Le récit malmène la susceptibilité du spectateur qui n’adhèrerait pas entièrement au mythe de "l’homme blanc, porteur de tous les maux", le spectateur qui y adhèrerait, au contraire, ne pourra que détester un peu plus sa propre civilisation. Mais cette impression bascule brusquement au détour d’une phrase prononcée par l’un des personnages.
Au cours de cette scène, le terrien renégat qui a intégré le peuple des indigènes et pris la direction de la résistance, harangue les membres de son clan à la veille de la bataille finale qui va décider du destin des populations natives de la planète. Il ne représente qu’une frêle opposition armée seulement d’une interconnexion mystique et spirituelle avec son monde face un envahisseur appuyé par la technologie. Les chances semblent faibles et l’orateur s’efforce de redonner du courage à son peuple, il finit sur la phrase suivante : "c’est notre terre".
Qu’est-ce qui peut bien être commun à une population humanoïde évoluant dans une société non technologique et la civilisation européenne que nous représentons ? Il y en a bien un, et il est tellement évident qu’on veut nous le faire oublier. Nous aussi, nous sommes sur "notre terre". Elle est à nous depuis des temps immémoriaux, nous l’avons peuplée et façonnée pendant des siècles, malgré tout ce que pourront dire les négationnistes de notre héritage européen et d’autres adeptes du "conglomérat". Si on accorde le droit à toute population, qu’elle soit constituée d’aimables extra-terrestre bleus ou dotée de pigmentations plus "terriennes", de s’accrocher à sa terre et à ses traditions, on doit l’accorder aussi aux européens en proie à une immigration de substitution.
Nos détracteurs objecteront que les protagonistes de l’histoire sont trop marqués, et qu’il est impossible d’envisager que des occidentaux puissent s’identifier aux "gentils" puisque justement ils font partie de la civilisation oppressive qui conquiert et exploite toutes les autres. Nous leur répondrons sur leur terrain en sacrifiant au relativisme culturel : considérons que l’orgueilleuse civilisation occidentale peut faire figure de tribu d’indiens face à la marée montante des civilisations asiatique et arabo-musulmane.
Fort de la pertinence de cette identification, le spectateur attaché à l’identité européenne pourra sortir du visionnage de ce film sans ressentir la moindre amertume d’avoir vu, tout au long du spectacle, la civilisation dont il est issu présentée comme une machine à broyer inhumaine et prédatrice.
Puisque cette réflexion porte sur le message du film, on pourrait continuer en s’interrogeant sur la réelle portée d’une œuvre cinématographique et sa capacité à modeler les mentalités du public, mais c’est un sujet trop vaste pour être abordé ici. Alors, puisque l’impression d’ensemble est tout de même positive nous conclurons sur quelques considérations d’ordre plus cinématographique.
On pourra en premier lieu regretter une certaine faiblesse du scenario, qualifié de "convenu" sur un autre site. En effet, il est dommage que Cameron n’ait pas produit un scenario plus en finesse, le spectateur moyen n’ayant pas trop de mal à imaginer certaines grosses ficelles à peine le décor planté. Cette lacune est cependant rattrapée par la complexité et la cohérence du monde décrit et ses images, majestueuses, somptueuses et souvent vertigineuses, images qui doivent impérativement être vues en 3D pour une sensation totale. En outre, comme il ne faut pas oublier la partie du film réalisée avec des acteurs humains, on appréciera aussi la qualité des décors et l’aspect convaincant de la technologie et des machines terriennes. Le film exploite très bien la technologie 3D, parfois de façon un peu ostentatoire, mais souvent aussi de façon parfaitement intégrée à la transmission de l’émotion. En un mot, c’est beau.
