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Maastricht, l'Euro : l'arnaque

Maastricht, l’Euro : l’arnaque

mercredi 2 juin 2010, par Canal ER

Alors que j’achève la rédaction de ma réflexion de fond sur nos retraites, je ne peux m’empêcher de pousser une gueulante face aux torrents de débilité, d’hypocrisie et de démagogie qui se déversent dans les médias, justement à l’occasion de la ’’réforme’’ des retraites.


On n’a jamais vu pareil jeu de poker menteur. Le pouvoir en place, financièrement squeezé, agite le gros bâton fiscal, à pas comptés. L’opposition canada-dry, sous les couleurs de la gauche plurielle (rouge-vert), sous couvert d’une logomachie généreuse dans ses principes mais avare de véritables engagements chiffrés, cache mal son gros bâton fiscal à elle, qui en rajoute une louche sur celui de la soi-disant droite. Tout le reste de l’opinion est inaudible.

Bien qu’après coup tous les esprits forts assurent l’avoir prédite, la crise actuelle, quand elle s’est déclenchée en 2008, a pris à peu près tout le monde de court, et les réponses des autorités monétaires et politiques ont été empiriques. La France a réagi en creusant un peu plus ses déficits chroniques, c’est-à-dire en comptant sur l’érosion monétaire pour résorber les dettes, tout en menant sur le moment une action pour éviter l’emballement de cette érosion. Depuis 1919, c’est toujours de cette manière que la France a géré les multiples crises qui ont jalonné son histoire au vingtième siècle. Cette méthode a plus ou moins réussi, plutôt mal entre 1919 et 1940, et plutôt bien de 1945 à 1992, date du Traité de Maastricht qui nous a ôté l’essentiel du pouvoir sur notre monnaie.

Depuis 1992, on a continué, plus ou moins clandestinement, à creuser des déficits, mais sans succès, car le fameux ’’pacte de stabilité’’ nous oblige à tricher pour les camoufler. Edouard Balladur a timidement tenté d’enrayer le retour en force de l’usure, mais c’était lutter contre un tsunami avec des petits paniers : l’usure est là, plus forte que jamais. La France se débat comme un poisson hors de l’eau entre les exigences de plus en plus pressantes de la BCE et une politique d’assistanat généralisé qui la ruine en la saignant aux quatre veines. Le guêpier monétaire où elle s’est fourrée semble sans issue : l’érosion monétaire est là, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse. Dépourvus de matières premières stratégiques, nous dépendons de l’extérieur, et à l’extérieur, l’érosion monétaire est vive, c’est bel et bien la planche à billets qui conduit et gère l’économie des USA et des pays asiatiques émergents.

Sauf à réussir une impossible autarcie totale, cette érosion nous atteint donc fatalement (par le biais des prix de ces matières premières, par exemple du pétrole). Mais le pacte de stabilité nous lie et nous place dans la situation d’un homme attaché à un poteau à marée montante. Seule solution, forcément empirique et au coup par coup, souvent improvisés : déflater à mort à l’intérieur, en réduisant les revenus nominaux nets de la population par tous les moyens, le plus facile étant le gros bâton fiscal. Cette déflation de fait fait sortir du bois une foule de Robins des Bois qui attendaient leur heure pour se défouler contre ’’les riches’’. : ils ne sont pas aux commandes, mais ils s’en donnent à cœur joie dans tous les médias ! curieusement, on ne les entend pas se révolter contre l’usure revenue en force, qui pourtant est la base la plus malsaine qui soit d’enrichissements rapides, artificiels et parasitaires.

Les taux supérieurs à 21 pour cent l’an continuent de plus belle, et sont payés par la partie la plus modeste de la population, selon un mécanisme bien connu vieux comme le monde : les revenus insuffisants empêchent d’acquérir au comptant des produits d’usage courant, dits ’’de consommation’’ (expression qui justifie juridiquement les taux usuraires). Alors ils sont forcés de les acheter à crédit ou de s’en priver. S’ils s’en privent, ils les paieront plus cher plus tard, à cause de l’érosion monétaire, qui progresse aussi sûrement que la dérive des continents. En effet, la rémunération de l’épargne, pour 99 pour cent de la population, ne compense pas et de loin l’érosion monétaire. Pour en être bien certain, l’Etat taxe les intérêts des placements d’épargne, promus ’’revenus de capitaux’’ pour l’occasion (pour le fisc français, compenser même partiellement l’érosion monétaire est considéré comme percevoir un ’’revenu de capital’’....).

Donc une grande partie de ces pauvres ou ’’demi-riches’’ les achètent à crédit, à des taux d’intérêts qui dépassent 20 pour cent l’an. C’est ainsi que l’insuffisance des revenus nets (la déflation sans son nom) appauvrit des couches de population de plus en plus larges pour enrichir des couches de plus en plus étroites. Au sommet du château de cartes, les ’’grands argentiers’’, les ’’gnômes de Zürich’’, qui dictent leur loi aux politiciens élus (ceux-là, regardez-les trembler comme des feuilles devant les ’’agences de notation’’ : quelle dérision, quelle humiliation !).

Tout ce contexte détruit peu à peu la seule véritable source de la richesse : le travail. Sans matières premières miraculeuses, la France ne peut s’en sortir qu’en travaillant, en inventant, en innovant. Certes le travail doit être rentable ; pour cela, il faut lui lâcher la bride au maximum, encourager l’entreprise, lui laisser ce qu’elle gagne, lui laisser le plus de liberté possible. Or nos chiens de garde marxistes sont là pour brider le travail au maximum ; le travail légal est devenu pour les entrepreneurs un parcours du combattant infernal, et pour les salariés une corvée de plus en plus haïe. Le produit du travail est confisqué par l’Etat à la source pour le redistribuer aussitôt, via l’assistanat généralisé. Pour celui qui a vraiment travaillé, ce qui lui reste après ponctions est un simple pourboire, et encore, si ce pourboire est trop important, l’impôt est là pour le réduire....Il y a donc un énorme déficit de travail, qui explique le développement continuel du travail au noir et l’extension irrésistible des périodes où l’économie du pays est bloquée ; les 35 heures nous font peu à peu des semaines-croupion, qui commencent le lundi à midi et se terminent le vendredi à 14 heures, voire le jeudi à 17 heures. Le mois de mai devient un second mois d’août, avec d’innombrables fermetures d’entreprises ou absences pour congés. Le mois de février, sous cet angle, talonne le mois de mai. Entre les deux, il y a les congés de Pâques, qui désorganisent tout de fin mars à début mai. Ne parlons pas de l’été, qui commence après le 14 juillet et se termine seulement à la mi-septembre. Entre le 25 octobre et le 11 novembre, arrêt total (les supermarchés ont du mal à s’approvisionner en frais).

Hors de ces périodes de léthargie économique, il y a des grèves. Nous voilà revenus au temps de Louis XIV, où Colbert se plaignait qu’à cause des multiples fêtes religieuses, plus d’un jour sur deux de l’année était chômé. Chacun peut constater que malgré la crise, durant ces congés les routes sont surchargées, les voitures sur ces routes sont flambant neuves, les grandes surfaces sont pleines de clients (dont beaucoup avec des cartes de crédit), les stations de loisirs, sports d’hiver ou autres,sont noires de monde. Qui ne s’est demandé comment tout cela est payé ?

Tout cela n’est que vernis. La réalité est autrement plus dure : l’énergie coûte de plus en plus cher, la population se prive de chauffage l’hiver, et se rationne en eau, devenu hors de prix en ville. Elle se soigne de moins en moins bien, même dans les classes dites moyennes. Les impôts locaux flambent et forcent souvent les ’’demi-riches’’ à emprunter pour les payer ! les loyers impayés montent en flèche, ainsi que les impayés chez les sociétés de téléphonie ou de distribution de gaz et d’électricité. Pour les plus pauvres, des paiements de solidarité ont lieu, par la Mairie, par le Secours Catholique, par l’assistanat d’Etat. Pour les autres, c’est l’arrangement avec la banque, ou parfois avec l’employeur, à qui on demande une avance en milieu du mois. Toute la machine financière sociale se grippe, comme un moteur privé d’huile.

Le drame est que personne, dans les milieux politiques et dans les médias, ne dit ces vérités, n’ose dire aux français qu’ils ne s’en sortiront qu’en travaillant plus et mieux. Depuis quarante ans qu’on leur assène nuit et jour que le travail est une aliénation, ne sert qu’aux patrons, etc, cette pédagogie n’aura rien d’évident ! elle est inséparable de la pédagogie sur la nécessité de reconstruire un tissu dense et prospère d’entreprises LIBRES de toutes tailles, et de rétablir un généreux éventail des rémunérations, dont la disparition actuelle contribue à tuer le travail en tuant toute motivation et toute mobilité. Une inégalité intelligente est nécessaire pour que la monnaie circule ; une monnaie qui ne circule pas est comme un sang figé (on l’a bien vu en ex-URSS, où bien des gens ne savaient que faire de leurs roubles). De même qu’il faut un paysage vallonné pour créer des systèmes d’irrigation, il faut des différences suffisantes de rémunérations pour motiver, pour faciliter la mobilité, pour qu’il existe des carrières pour tout le monde (il est aberrant qu’un maçon de trente ans d’expérience ne gagne que 10 ou 15 pour cent de mieux qu’un blanc-bec qui mettra six ans à apprendre le métier), pour faire durablement baisser le chômage, pour que le travail assure une vie incomparablement meilleure que le couple maudit chômage+assistanat.

C’est bel et bien cette désertion devant le travail qui plombe notre niveau de vie et notre économie. Tant qu’on n’y remédiera pas en profondeur, on peut mettre en œuvre tous les plans d’austérité qu’on voudra, imposer à la population tous les sacrifices qu’on voudra, l’accabler de tous les impôts qu’on voudra, la descente aux enfers continuera. Tous ces sacrifices et toutes ces souffrances seront inutiles, aussi inutiles que l’étaient naguère les champs de bataille couverts de morts. D’ailleurs on en a la preuve : à quoi ont servi les multiples plans d’austérité des gouvernements précédents ? celui de 1983 a fait éclore des sdf, des nouveaux pauvres et des chômeurs comme champignons après la pluie ; il devait soi-disant tout arranger, eh bien cet avenir qu’on nous avait promis à l’époque, nous y voilà ! ah il est beau, cet avenir !

Les monnaies modernes ne sont plus fondées sur des étalons précis, or ou argent. Leur vraie base est la force de l’économie où elles circulent. Et sans travail, pas d’économie forte. Le travail n’est pas une sorte de gâteau limité qu’on se partage mesquinement, il résulte de la volonté de travailler, d’améliorer son sort, de créer, de laisser à ses descendants un monde meilleur que celui dont on a hérité. Ce monde non plus n’est pas une donnée inerte, il est ce que notre cerveau et notre travail en font. Tous les règlements qui tendent à partager le travail sont des absurdités sans nom, qui reviennent à soutenir que ’’la cause principale du chômage est le travail’’. Plus il y a de monde au travail, et au travail rentable et intelligent, et plus la société est riche et prospère : vérité trop simple pour nos énarques sans doute ! voilà pourquoi un traitement exclusivement monétariste de l’économie, comme celui qui est actuellement administré, est voué à l’échec et ne peut que conduire à des tensions sociales dommageables, voire à des troubles dont nous aurons comme toujours le plus grand mal à nous relever.

L’Etat lui-même a donné l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, en ratant le coche nucléaire. Il possédait une belle entreprise qui marchait bien : EDF. Le programme Pompidou-Messmer, mis en oeuvre par Giscard d’Estaing, nous délivrait d’une bonne part de la dépendance pétrolière. Ce n’était que justice, vu la place de choix que la France avait prise dans l’aventure de la Science atomique, avec Pierre et Marie Curie, De Broglie, Joliot-Curie et leurs disciples. En 1948, quand la pile Zoé est née grâce à Joliot-Curie, ce fut une grande joie pour la France. Aujourd’hui, quand une centrale nucléaire est décidée, les rouges-verts voudraient nous faire croire que c’est une catastrophe !

Pour de misérables raisons électoralistes, ce programme nucléaire a été amputé de 14 centrales en mai 1981, par le funeste moratoire qui fut alors décidé, moratoire dont nous n’arrivons pas à guérir aujourd’hui encore. Malgré les décisions sporadiques comme Pennly, nous n’avons jamais rattrapé ce retard. Au contraire, nous l’avons aggravé sous Jospin, en abandonnant sottement Creys-Malville, pour faire plaisir aux rouges-verts. On stupéfierait plus d’un français en lui apprenant qu’aujourd’hui, les centrales nucléaires françaises ne représentent que 10 pour cent du parc nucléaire mondial ! sans ce moratoire, nous étions en passe de devenir l’électricien de l’Europe ; nous aurions pu exporter de l’électricité à bon marché, qui nous aurait donné les moyens financiers de passer aux étapes suivantes : surgénération et fusion. Grâce à nos rouges-verts et à nos monétaristes, nous voilà maintenant en déficit d’électricité, à la traîne au niveau mondial (voir le récent échec dans l’affaire d’Abou Dhabi, qui nous a coûté 80 milliards de dollars, soit plus de la moitié de notre déficit 2010 !). Les Coréens, les Taïwanais, et demain les Iraniens peut-être si nous continuons nos semaines des quatre jeudis et nos quatre mois de l’année fichus, font aussi bien que nous, et bientôt mieux ! si nous étions devenus ce que nous pouvions être, notre monnaie se porterait bien mieux, par les exportations d’électricité et aussi, par la mise à disposition à nos entreprises de courant électrique à bien plus bas prix. Car le prix de la main-d’oeuvre n’est qu’un faux problème, c’est le prix de l’énergie qui est prépondérant : un pays à hauts salaires qui dispose d’énergie électrique à bas prix est bien plus compétitif qu’un pays à bas salaires sans sources d’énergie.

Quand on pense que sans surgénération (réacteurs à neutrons rapides), l’uranium mondial ne nous laisse qu’un siècle de consommation alors qu’avec surgénération, le même uranium nous assure au bas mot 3000 ans de consommation, on mesure la courte vue et la médiocrité des responsables qui nous ont fait baisser les bras devant la mise au point définitive de Creys-Malville. On mesure aussi combien stupide et stérile est l’approche purement monétariste de la crise actuelle. Le seul gouvernement qui nous sortira du terrible marasme actuel est celui qui remettra sérieusement le pays au travail après avoir créé toutes les conditions de la libération du travail, ce qui passe par la mise hors d’état de nuire de tous les doctrinaires marxistes qui sévissent dans les syndicats et dans les milieux politiques français. `

FREDELAS



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