LE BON VIEUX TEMPS, OU LE REVE ECOLO II
FREDELAS POUR EURO-RECONQUISTA.COM
jeudi 30 juin 2011, par

Suite de l’exposé de Frédélas sur les conditions de vie il y des dizaines d’années.
Dans ce chapitre, nous continuons notre voyage dans le passé des années 1945-1950 et suivantes. Nous allons nous attarder sur les conditions de vie de la population de base.
C’est bien connu, il faut manger pour vivre, et c’est chaque jour.
En France, les premiers réfrigérateurs domestiques ne sont arrivés dans la population de base qu’après 1952. Avant, on utilisait des ’’garde-manger’’ et des glacières. Les garde-manger : des cages grillagées cubiques d’arête entre 50 et 80 cm , à porte unique sur une des faces. Le grillage lassait passer l’air et était assez fin pour ne laisser passer aucune mouche ni aucun moucheron. En théorie, on pouvait donc y stocker le pain, quelques légumes et les fromages secs à l’abri des mouches (donc préservés des asticots). On installait le garde-manger le plus au frais possible, si possible dans une cave bien aérée. Las ! la protection était plus qu’ imparfaite : elle n’empêchait pas les moisissures surtout sur le pain et les fromages. Sur ces derniers, malgré les grillages fins, on avait souvent de mauvaises surprises...il suffisait qu’une mouche y ait pondu avant le placement dans le garde-manger pour que deux jours plus tard, ça grouille d’asticots ! on conservait aussi les fruits en garde-manger, mais il fallait les consommer dans la journée, sinon de hautes moisissures noires et des pourritures marron les envahissaient.
La glacière de l’époque était vaguement semblable à un réfrigérateur, en plus petit, mais sans système de production de froid. On achetait des pains de glace de 5 ou 10 kgs, qu’on plaçait dans la glacière pour y faire régner à l’intérieur, pendant deux à quatre heures, une température inférieure à 4 degrés. La glace fondait lentement et la température basse se maintenait tant qu’elle n’était pas entièrement fondue. La glacière était obligatoire pour conserver de la viande.
On le comprend, la contrainte du garde-manger et de la glacière obligeait à faire les courses chaque jour. C’est pourquoi le dimanche matin, nombre de commerces de bouche ouvraient. Les semaines commençaient le lundi matin 8 heures et finissaient le samedi soir 18 ou 19 heures.
Ah ! les bons produits ’’naturels, biologiques’’ ! que mangeait-on donc ?
Les camions réfrigérants étant alors rares, les produits locaux étaient la règle majoritaire. Si les pommes locales étaient minables ridées minuscules comme des prunes, eh bien on s’en contentait, et ce n’était pas pour autant moins cher que les superbes fruits du Roussillon ! les menus étaient donc moins variés que de nos jours. Mais ce qui craignait le plus, on s’en doute, c’était la viande.
Voici un souvenir personnel très fort : mon instituteur, l’année de mes onze ans, a emmené toute sa classe visiter les abattoirs de P....... J’avais bien appris toutes mes leçons de choses sur l’hygiène et les maladies, notamment la tuberculose bovine. Je visitais donc cet abattoir avec un vif intérêt. J’y voyais des bouchers de mon quartier tuer eux-mêmes les animaux qu’ils venaient d’acheter ’’à, la ferme’’ ; l’abattoir était donc rempli des cris de terreur et de souffrance de de ces bêtes qu’on sacrifiait à la chaîne. Les bêtes étaient essentiellement égorgées, sans étourdissement préalable (avec quoi l’aurait-on fait ?) leur sang ruisselait dans un caniveau latéral qui aboutissait à un trou au débouché indéterminé. L’instituteur, M. Millet, saluait au passage des employés ou bouchers de sa connaissance. Je dévorais tout des yeux. Tels des forts des Halles, des bouchers en blouse blanche maculées de sang transportaient sur leur dos des quartiers encore tout chauds de boeuf, de porc ou moutons égorgés de frais. A un moment, mes yeux se portèrent sur un énorme bidon métallique vertical plein de viscères encore fumantes. Je reconnus un gros poumon qui attira mon attention ; vu sa taille, il avait appartenu à un boeuf. Il était constellé de boules hémisphériques grisâtres luisantes, de toutes tailles., allant du petit pois à la mandarine. J’essayai de les compter, il y en avait plus de deux cents. D’après ce que j’avais appris, c’était donc forcément un poumon atteint de tuberculose bovine. Je courus après M. Millet et lui dis, tout ému et essoufflé ’’Monsieur, je viens de voir un poumon de boeuf tuberculeux, pouvez-vous venir voir s’il vous plaît ?’’ M. Millet en fut agacé et hésitant, mais j’insistai tant qu’il finit par venir voir. Il me dit d’abord ’’ce n’est pas sûr’’, ce qui m’indigna intérieurement, le livre de ’’Leçons de choses’’ ne pouvait pas avoir tort. je lui répondis ’’mais vous n’avez qu’à tailler un de ces tubercules et vous verrez à l’intérieur le fromage blanc du morceau de poumon caséifié qu’il y a dedans’’. M. Millet ne put faire autrement, ce qui fit jaillir le blanc éclatant du contenu caséifié du tubercule. La preuve était faite ! M. Millet appelé alors un responsable et tous deux devisèrent à vois basse. j’insistai ’’mais Monsieur, est-ce que la viande de ce boeuf va être revendu en boucherie ?’’. M. Millet ne répondit pas, mais je l’entendis dire mezzo voce au responsable ’’ eh oui, qu’est-ce qu’on a mangé comme viande tuberculeuse pendant la guerre !’’ . C’est ainsi que je découvris qu’on 1951, à P......, on consommait encore, vendue dans les boucheries de la ville, de la viande de boeuf tuberculeuse.....de nos jours, on ferait fermer l’abattoir , on mettrait en examen son directeur, et on irait contrôler sans délai la ferme vendeuse de ce boeuf (voir plus haut). Au bon vieux temps, on n’en était pas à ça près ! et tant pis pour les enfants faiblards qui attrapaient une primo-infection tuberculeuse carabinée après avoir consommé un bon bifteck d’autrefois....pas de procès possible, pas de recherche de responsables de quoi que ce soit.....
Je vais déborder un peu de ces années 45-50. A Noël 1957-58, une grande bande de 30 copains est allée en séjour de neige du 8 jours entre Noël et Nouvel An en Andorre, dans un grand hôtel. Suite à des intempéries inhabituelles (grosses chutes de neige), l’eau de l’hôtel fut coupée. Son propriétaire n’en fut pas embarrassé : il fit tout simplement fondre de la neige récoltée dans son jardin à proximité de l’hôtel et servit cette eau dans les carafes des clients. Quoi de plus écologique ? d’ailleurs l’hôtelier ne s’en cacha pas, il était même très content de son astuce, avoir tiré de l’eau potable de la neige de son jardin !
La bande de copains se scinda en deux : les buveurs d’eau, et ceux qui buvaient du vin. Au retour à P......, aucun des buveurs de vin ne fut malade (et pourtant beaucoup d’entre eux avaient coupé leur vin d’eau). Mais tous les autres, une quinzaine, furent malades. Ils souffrirent d’une sorte d’entérite virulente qui ne guérissait jamais. Et ces quinze copains se mirent à mourir ! les deux premiers morts, ce fut au bout de un mois, et le dernier, un copain de ma classe de Math Elem nommé Bélondrade, fils d’instituteur, finit par mourir fin mai 1958. Un seul survécut, le fils du médecin Robert, mais il garda des séquelles sévères.
Il n’y eut aucune recherche de responsabilité, aucun procès, la presse n’en parla même pas. C’était comme ça au bon vieux temps, on se résignait, on acceptait avec fatalisme les dangers de la vie : aucun procès ni aucune enquête n’auraient de toutes façons rendu la vie à ces malheureux.....
Mais revenons aux années 45-50. Et à la campagne ? j’en ai visité des fermes à cette époque, il y en avait plein tout autour de P...... L’un de mes copains de classe s’appelait Pujol, sa famille n’était pas à plaindre puisqu’elle exploitait 6 hectares en bordure de la belle rivière qui traverse P....... Ce qui lui permettait d’élever cinq belles vaches. L’étable était juste derrière la cuisine familiale : on ouvrait une porte au fond de la cuisine-salle à manger, et on se retrouvait dans l’étable. Je ne vous dis pas l’odeur sympathique qui embaumait ladite cuisine. Mais le mieux c’était les chambres : elles étaient à l’étage, séparées du rez-de-chaussée par un simple plancher. Deux de ces chambres étaient juste au-dessus de l’étable. Ce qui parfumait singulièrement ces chambres, à travers les interstices du plancher....le chauffage : une grosse cuisinière à bois dans le rez-de-chaussée, dont on tirait aussi l’eau chaude. Ça chauffait tout même par les grands froids, car les cinq vaches, qui restaient dans l’étable tout l’hiver, fournissaient un chauffage naturel non négligeable et très écologique. Sanitaires ? le tas de fumier dehors, et l’eau chaude de la cuisinière pour se laver la frimousse dans une cuvette métallique au-dessus d’un évier où on faisait également la cuisine et la vaisselle. Je comprenais là pourquoi à l’école, cette odeur d’étable flottait en permanence sur ce Pujol....Ce cas n’était pas unique : la plupart des fermes de mes copains étaient analogues (40 pour cent de la population était alors rurale) ; La bonne cuisine du bon vieux temps méritait le détour. Elle était à base de viande, mais surtout de viande de porc. Le plat majoritaire était une fricassée de gratons (aussi appelés ’’fritons’’) : des boules de graisse de porc persillées de rares minuscules morceaux de viande frites à la poële, jusqu’à noircissement complet : on aurait cru manger du charbon ! un éternel fricot d’accompagnement, voilà une bonne idée de la diététique au bon vieux temps.
Nous continuons la description des conditions de vie du peuple dans les années 1945-50 et suivantes, au bon vieux temps où la pollution ne posait aucun problème et ou les questions d’environnement n’empêchaient personne de dormir.
J’en étais à la vie saine à la campagne ; revenons un peu en ville. Les sanitaires étaient si rares, dans les habitations, qu’ils constituaient un signe extérieur de richesse majeur. A la campagne, les toilettes, c’était au fond du jardin à gauche dans un cabanon pourri avec trou à même la terre chez les gens aisés, et sinon c’était le tas de fumier, qui jouxtait obligatoirement toute ferme qui se respecte. Mais en ville, ça ne manquait pas de charme non plus. Les immeubles lambda de la bonne ville de P......, y compris ceux qui se construisaient après 1945, avaient en général deux ou trois étages avec quatre appartements par étage, plus une cour au rez-de-chaussée. Il faut savoir que le tout-à-l’égout n’existait pas (même dans une grande ville comme Toulouse !) Chaque appartement était équipé en tout et pour tout d’un point d’eau avec paillasse (ce qui faisait des citadins de vrais bourgeois par rapport aux fermes où le seul point d’eau était l’incontournable puits). Ce point d’eau servait à faire la cuisine, la vaisselle et à se laver le visage. Pour une toilette plus approfondie, on se débrouillait avec des bidets pliants, et des sortes de tubs métalliques où l’on pouvait verser de l’eau chaude (tirée du compartiment eau chaude de la cuisinière) en s’y tenant debout pour se laver avec du savon et une éponge qu’on trempait dans le tub de temps en temps. Une fois cette opération accomplie, on vidait le tub dans la paillasse à tout faire. Les WC, c’était dans la cour, à la turque, un par étage (donc qui servait pour quatre appartements). A chaque étage, les occupants de chaque appartement avaient une clé des toilettes de l’étage. Pour plus de confort (le problème pouvait être aigu pour les occupants des étages élevés), on n’y coupait pas : les ’’seaux hygiéniques’’ (ce qu’on appelle familièrement ’’tinettes’’) étaient indispensables. On les descendait une fois par jour à la main, par les escaliers (car ne parlons pas d’ascenseurs, ces machines de richards) et on les vidait dans les WC correspondant à son étage. En cas de contenus trop infect (si l’un des habitants était ’’dérangé’’ par exemple), après avoir vidé le seau, on était prié de passer un coup de lance d’arrosage (pas trop quand même pour ne pas gaspiller l’eau). Mais l’eau de l’unique point d’eau de chaque appartement était réputée potable, ce qui faisait l’admiration des copains de la campagne. Ce système était très écologique et nous ne saurions trop recommander aux écolos à la Eva Joly d’en faire un point fort de leur programme ’’vivre autrement en sortant du nucléaire’’, parce que là, les économies d’eau sont garanties !
J’étais un enfant impossible car ma curiosité n’avait pas de limites, et je n’avais peur de rien. Huckleberry Finn en a fait bien moins que moi !
J’avais le virus de la vérification de ce que j’apprenais dans les livres scolaires de ’’Leçons de choses’’. J’étais fasciné par l’hygiène et les maladies. J’avais appris que l’eau est un des principaux vecteurs des maladies infectieuses. L’eau potable de la bonne ville de P...... provenait d’un imposant château d’eau tout en haut de la ville, à proximité immédiate de la caserne de gendarmerie nationale et gendarmerie mobile, non loin de la gare (ceux qui m’auront reconnu reconstitueront sans peine la configuration de l’époque). Ce château d’eau consistait en une cuve de ciment en hauteur, cylindrique et ramassée, de diamètre une dizaine de mètres et haute de 8 mètres, perchée en haut d’une maçonnerie ajourée d’environ 20 mètres de hauteur. Depuis des mois, cela me démangeait de voir le haut de ce château d’eau. Un jeudi après-midi de ma onzième année (le jeudi était alors le jour de repos scolaire laïque), je décidai de passer à l’acte. Je me rendis près du château d’eau, où j’avais remarqué de longue date des échelles de métal noir fin extérieures, verticales, arrimées à la maçonnerie ajourée, puis tout en haut à la cuve sommitale, conduisant à son sommet. Je vérifiai que les alentours étaient déserts et sans hésiter, je grimpai à l’échelle. C’était vertigineux, mais rien ne pouvait arrêter ma curiosité. Quand j’arrivai à la cuve, mon cœur battit car là c’était réellement aérien, la moindre erreur et c’était la chute libre dans le vide ! mais tout alla bien, et je me rétablis sur le toit de la cuve, d’où je pouvais voir tout P...... Au milieu de ce toit, légèrement bombé mais plat dans l’ensemble, un trou d’environ 1,5 m de diamètre. Je m’en approchai ; je devinai que de ce trou, je verrais l’eau. Je me mis à plat ventre et approchai mon visage du rebord du trou. De là, après un instant d’accoutumance à une certaine obscurité, je vis en effet le contenu de la cuve, l’eau qui alimentait toutes les maisons de la ville en eau courante que tous les fils de paysans du coin nous enviaient tant....
Ce que je vis alors dépassait l’imagination : le réservoir aux deux tiers plein, mais une de ces populations là-dedans ! ça grouillait de partout, et ça faisait un de ces boucans ! des grenouilles qui coassaient sans répit, des libellules innombrables, de toutes les couleurs, qui voletaient en frôlant mon visage, des tritons qui se tortillaient dans l’eau, des algues vertes comme de la salade qui remontaient les parois libres d’eau, de minuscules chauve-souris, et même des oiseaux qui venaient jusque là chercher leur pitance dans cette faune entomologique d’une richesse à couper le souffle. De plus, ça ne sentait pas très bon là-dedans ; l’odeur était légère mais indéniable. Intérieurement, je me dis, révolté : ’’eh bien, voilà donc l’eau potable que nous consommons, quelle honte ! d’après mon livre de leçons de choses, c’est une catastrophe pour l’hygiène et la santé !’’ mais rétrospectivement, je me dis que nos écolos actuels doivent baver d’admiration et d’envie en me lisant, pensez donc, une eau si pure que tant de vie y prospérait !
Il me fallut bien redescendre, mais aïe aïe aïe ! en bas, un comité d’accueil m’attendait : deux gendarmes , sûrement prévenus par quelque passant effaré de voir un gamin tout en haut du château d’eau. Ils me hélèrent sans gentillesse : ’’veux-tu bien redescendre, garnement ! tu n’avais pas le droit, on va t’emmener au Commissariat ! ’’ mort de peur non pas de redescendre mais, pensai-je, d’aller peut-être en prison, je répondis : ’’je ne descendrai que si vous me promettez que je n’irai pas en prison, sinon venez me chercher, je reste là’’. Ils promirent car visiblement, ils n’avaient aucune envie de monter comme moi. Je notai intérieurement qu’ils n’avaient même pas installé un drap fermement tenu pour le cas où je serais tombé, ce qui me choquait. Mais j’arrivai sans encombre au bas du château, et là, les deux pandores m’emmenèrent au Commissariat, où ils me passèrent le savon de ma vie, en me jurant que si je recommençais, là j’irais en prison. Je leur répondis crânement ’’oui mais si vous saviez l’eau qu’on boit, moi je l’ai vue, c’est dégoûtant, c’est plein de bestioles répugnantes, des grenouilles, des tritons, des chauve-souris, ça doit forcément donner des maladies !’’. A quoi ils rétorquèrent : ’’tais-toi, tu dis des bêtises, de quoi te mêles-tu, rien de ce que tu dis n’est vrai’’. Je n’insistai pas et revins chez moi, où je pris un second savon de ma mère, avertie, et une troisième le soir, par mon père, averti par ma mère. Aussi je ne dis rien et gardai pour moi le secret de la ménagerie vue dans la cuve du château d’eau. Mais depuis ce jour-là, je décidai de ne jamais plus boire d’eau du robinet pure et de la couper d’un peu de vin, car à mon idée l’alcool du vin la désinfecterait.
Cette mémorable virée au château d’eau succédait de peu à notre visite aux abattoirs. Elle n’avait pas étanché ma curiosité, toujours dans les mêmes domaines. Peu après, je décidai de trouver par moi-même ce que devenaient les déchets de l’hôpital de notre bonne ville de P...... J’avais vu un film sur Bernadette Soubirous qui montrait un pauvre employé d’hôpital conduire une charrette à chevaux pleine de détritus d’hôpital et aller vider le tout dans un coin de nature, n’importe où. C’est tout ce qui m’avait frappé dans ce film, car son contexte religieux m’était étranger et indifférent (ayant toujours été allergique à toute religion, encore plus depuis ce que j’avais appris à l’Ecole des Guerres de Religion). Je me disais que jeter tous ces déchets empoisonnés n’importe où faisait courir un risque sanitaire insupportable au bon peuple. Alors je me mis à épier les mouvements autour de l’hôpital. Après quelques jeudis après-midi d’observation, je finis par découvrir le pot aux roses : rien n’avait changé depuis ’’Sainte’’ Bernadette Soubirous, sauf que ce n’était pas une charrette mais un petit camion non bâché qui emmenait les déchets pestilentiels. Le camion empruntait un petit chemin discret conduisant aux bords de la rivière évoquée plus haut, où la population de P...... se baignait tous les étés dans une eau apparemment cristalline ; Dans une anfractuosité escarpée de la rive gauche, au creux d’un coude du cours d’eau, un petit gouffre absolument invisible de loin. Le camion jetait là tout son contenu ! l’eau de notre belle rivière détrempait forcément tous ces chargements et les charriait petit à petit morceau par morceau, et tout ça allait au fleuve incognito, puis à l’Océan Atlantique. Depuis ce jour-là, je ne me suis plus jamais baigné dans cette rivière et je ne pouvais m’empêcher de rapprocher (à tort ou à raison) ce que j’avais découvert des nombreux cas de méningites et de poliomyélite qui frappaient les enfants chaque année, avec chaque fois article dans le journal.....
Dans le prochain chapitre, je vous parlerai de la santé des gens dans ces belles années du bon vieux temps.
