Cheminade, la foutaise électorale
jeudi 19 avril 2012, par

Un lecteur qui a croisé Cheminade il y a quelques années nous fait son portrait et révèle certains aspects du personnage.
Ce qui est extravagant est qu’un tel olibrius ait eu 500 maires pour le parrainer...
Ça en dit long sur le niveau mental et moral des élus !
QUI EST JACQUES CHEMINADE ?
C’est un franco-argentin ancien fonctionnaire de la commission de Bruxelles de l’époque de de Gaulle des années 1966-1974. Il n’a pas avalé l’entrée de l’Angleterre, voulue par Georges Pompidou, dans l’Europe de l’époque. Avec ceux de ses collègues de Bruxelles qui partageaient ce sentiment, il a traîné les pieds tant qu’il a pu pour retarder ou caviarder les modalités d’application effective de cette entrée. Son aversion de l’univers anglo-saxon, qu’il cache peu ou prou selon le vent dominant, est irréconciliable.
Il a rencontré aux USA un homme curieux, Lyndon LaRouche, ancien trotskyste, fondateur d’une sorte de secte qui prétend expliquer les ressorts cachés du pouvoir réel en Occident.
Comme dans toute secte, il y a là une cosmogonie qui explique tout, et qui fait l’objet, pour ses adeptes, d’une véritable croyance en des choses à 99,99% invérifiables (’’L’Establishment de la côte est des USA’’, ’’Les Guelfes Noirs’’, ’’, le ’’Council of Foreign Relations’’, ’’La Reine d’Angleterre’’, etc). A partir de là, les membres de la secte cherchent, comme dans toute secte, à répandre leur croyance sur le monde et à en tirer des plans d’action destinés à faire aboutir leurs vues personnelles sur ce que doit être une humanité idéale purifiée de ses mauvais génies. J’ai écrit ’’cherchent’’, il faudrait plutôt aujourd’hui écrire ’’cherchaient’’, car le LaRouchisme a quelque peu fait florès.
Jacques Cheminade, ainsi armé d’une idéologie bien charpentée, a commencé par fonder en France une sorte de filiale de la secte LaRouchienne, en publiant un hebdomadaire, ’’Nouvelle Solidarité’’ dans lequel il engloutit une petite fortune familiale et qu’il tint à bout de bras jusque vers la fin des années 1980. Il ajouta à cette publication quelques satellites, comme par exemple le mensuel ’’Fusion’’, à prétention scientifique, et un autre par lequel il assurait lutter contre la drogue, but évidemment honorable.
Jacques Cheminade avait besoin d’adhérents et d’argent. L’argent de son petit héritage familial épuisé, il en récolta auprès de certains des adeptes qu’il réussit à subjuguer. Doué d’un joli brin de plume, il excellait à persuader des personnes de bonne foi mais un rien naïves que de son combat personnel, dépendait le sort de l’humanité. C’est ainsi qu’il acquit la réputation de bénéficier des largesses de certaines dames conquises par ses discours et profondément désireuses de sauver le monde. Le web, pour peu qu’on s’en donne la peine (voir Wikipédia par exemple) se fait l’écho de plusieurs affaires peu claires de cette veine, à tel point que Jacques Cheminade fut souvent soupçonné d’être un ’’voleur de vieilles dames’’, jusqu’à en avoir parfois maille à partir avec la Justice.
Pour les adhérents à son mouvement ’’Nouvelle Solidarité’’, les choses ont été et sont sans doute encore, mais à un moindre degré, bien plus claires. Jacques Cheminade excelle à détecter de jeunes gens des deux sexes victimes de la crise qui nous ronge depuis 1973 (et même avant), étudiants plus ou moins avancés mais laissés en rade par un système cruel qui ne leur offre aucune perspective professionnelle. Ces jeunes gens, souvent pleins de foi en la Science, mais au bagage notoirement insuffisant, acceptent de travailler pour Jacques Cheminade, pour un salaire ’’officieux’’ de misère, qui leur permet juste de ne pas mourir de faim, et en contrepartie ces jeunes gens vont colporter la bonne parole, à leurs frais naturellement. Leur récompense suprême : écrire des articles ’’’scientifiques’’ dans Nouvelle Solidarité. Ainsi on aura pu y lire des études curieuses vantant des ’’méthodes globales’’ pour enseigner la Géométrie, par exemple. Ou encore, des attaques virulentes à prétention scientifique contre l’algébrisation des Mathématiques ou, en Physique, contre la notion d’entropie et les principes de Carnot. Pour donner une idée de l’exploitation de ces pauvres jeunes, en 1987, ils percevaient un subside officieux d’environ 500 francs par mois.....
Jacques Cheminade, profondément marqué par sa rencontre avec le gourou LaRouche, était souvent pris de subites lubies, qui passaient aussi brusquement et aussi inexplicablement qu’elles s’étaient emparées de lui. Cependant il en est une qu’à l’heure où j’écris, il n’a certainement pas abandonnée : c’est un fanatique populationniste. Pour lui, la Terre peut contenir et faire vivre convenablement bien plus d’hommes qu’aujourd’hui. Vingt milliards d’êtres humains ne lui font pas peur, et même plus si possible. Pour lui, les politiques de planning familial qui apprennent aux femmes du tiers monde à maîtriser leur fécondité sont des abominations ’’cent fois pires qu’Hitler’’ (l’expression est de lui). Tout contradicteur du bonhomme sur ce point se voit immédiatement taxé d’eugénisme, à ses yeux antichambre des plus graves péchés mortels racistes et nazis.
Comme dans toute secte qui se respecte, le gourou Jacques Cheminade a ses ’’bons’’ et ses ’’mauvais’’ compositeurs, écrivains, peintres et cinéastes. Bach est ’’bon’’, mais Schumann est déjà douteux. Victor Hugo est un grand homme, mais René Chateaubriand ne mérite que l’index, car il existe un index LaRouchien au moins aussi sévère que le regretté Index catholique. Et ainsi de suite.
Les lubies s’en prennent parfois aux personnes. Vers 1981, c’est Kissinger, conseiller de Nixon, qui en faisait les frais. Accusé des pires turpitudes, notamment homosexuelles, Kissinger avait ainsi eu droit à de sordides caricatures dans Nouvelle Solidarité. Vu l’évolution des mœurs et les avancées juridiques obtenues depuis lors par les communautés homosexuelles, il a certainement mis quelques formes à ce genre de délation. Mais l’irruption du sida en 1983 fut pour Jacques Cheminade l’occasion d’un déchaînement incroyable contre ces communautés, qui lui vaudrait de nos jours comparution immédiate devant les tribunaux.
Cette lubie homophobe une fois calmée, vint le tour du Professeur Lejeune. Cet honorable généticien, découvreur célèbre de la vraie cause chromosomique de la Trisomie 21, fut d’abord l’objet d’une sorte de culte obséquieux dans les colonnes de Nouvelle Solidarité. Il est permis de penser que l’honorable Professeur s’était fait bien embobiner par la secte et leur avait promis plus ou moins fermement sa sympathie et son aide, notamment par le biais du mouvement ’’laissez-les-vivre’’. Pas un numéro qui ne fît l’éloge dithyrambique du grand médecin. Puis tout à coup, du jour au lendemain, changement à 180 degrés. Lejeune devint soudain le diable fait homme, sympathisant nazi et j’en passe. Non seulement il fut insulté chaque semaine durant plusieurs mois dans Nouvelle Solidarité, mais les petits jeunes stipendiés par Cheminade allèrent plusieurs fois pars semaine attendre le Professeur Lejeune à la sortie de son lieu de travail, armés de pancartes qui le traitaient de tout et pire que tout, nazi, suppôt de Hitler, etc. Ces démonstrations n’étaient pas toujours silencieuses, et les paroles scandées en slogans abjects relayaient les insanités des pancartes. Le Professeur Lejeune en fut très affecté, à tel point qu’un jour il demanda à ces petits jeunes : ’’mais pourquoi me faites-vous cela ?’’. Inutile de préciser qu’il n’obtint pas de réponse.....d’ailleurs, ces petits jeunes, s’ils y avaient été forcés, n’auraient su trop quoi dire, car au fond, ils ne savaient pas eux-mêmes pourquoi ils harcelaient le Professeur Lejeune !
Il faut savoir que Cheminade, qui fait profession de soutenir la Science, ne connaît aucun traître mot d’aucun commencement de théorie scientifique même réduite, disons, au niveau premier baccalauréat des années 1950. Ce qui ne l’empêche pas de déblatérer indéfiniment sur tel ou tel sujet de haute science, l’énergie nucléaire, la fusion thermonucléaire, la fusion par confinement inertiel etc etc. Comme Mme Ceaucescu, en Sciences, Jacques Cheminade sait tout et tranche de tout sans jamais avoir rien appris.
En économie, où il est bien plus facile de faire illusion, il en va de même : Jacques Cheminade ne connaît de façon approfondie aucun des mécanismes financiers dont il parle quand il ’’conseille’’ à tel ou telle de ses dupes de prendre telle ou telle initiative dans ces matières. Par exemple, sa séparation des banques d’affaires et de dépôt n’est qu’une lubie du moment : comme en Sciences exactes, Monsieur donne des conseils à droite et à gauche alors qu’il serait incapable de seulement de dresser par lui-même, sans documents et à l’aide d’une simple calculette, le tableau d’amortissement d’un banal prêt immobilier classique à échéances constantes ! toutes ses critiques sont donc des opinions ponctuelles de seconde main qu’il tire de personnes authentiquement compétentes en ces matières dont il est allé fouiller la corbeille à papiers, et qu’il relie tant bien que mal ensemble pour construire des critiques d’allure cohérente qui cadrent à peu près avec ses convictions a priori. Convictions comme par hasard toujours de gauche (voilà qu’à présent il se dit ’’gaulliste de gauche’’...), toujours socialistes, coercitives, dirigistes et bien entendu lourdes de catastrophes potentielles. En vérité, il est de ces hommes à qui l’assèchement de la Mer d’Aral n’aurait pas fait peur, si ses cousins communistes soviétiques ne l’avaient devancé dans cette belle oeuvre ! ses ’’grands projets’’ ? des lubies plus ou moins pharaoniques, changeantes au gré de l’actualité politique, dans la veine du barrage d’Assouan (dont les Egyptiens ont pu apprécier les désastreuses conséquences écologiques). Du temps de Reagan, Monsieur je-sais-tout se répandait, dans les grandes villes de France, en conférences sur la nécessité de mener à bien le projet de ’’guerre des étoiles’’.
Sentencieux, il avertissait : ’’ou ça se fera, ou ce sera la troisième guerre mondiale pire que contre Hitler !’’. Plus récemment, il proposait un pont au-dessus du Détroit de Behring, en même temps que l’envoi d’hommes sur Mars. Il n’hésiterait pas à faire fondre tout ou partie de l’Antarctique si cela pouvait permettre de loger quelques milliards d’êtres humains de plus sur notre pauvre planète !
Il est plaisant de relever que cet individu soutient François Hollande. C’est l’indice fort qu’il pressent de ce côté-là plus d’opportunités que vers la droite française. Depuis sa rampe de lancement de 1789, produit d’une lente maturation ayant culminé aux Lumières, la gauche française a toujours buté sur les questions financières. La raison principale est son incapacité à aborder ces problèmes dans un esprit scientifique exempt de toute connotation sentimentalo-compassionnelle. Ses idéologies enfantinement manichéennes la détournent de penser et d’agir sur les réalités, attitude qui nécessite un gros travail personnel dont la plupart de ses cadres sont totalement incapables. Cet amateurisme, cette paresse congénitale font le bonheur des affairistes de tout poil, qui partout et toujours, ne prospèrent jamais autant que sous les pouvoirs de gauche.
Toujours est-il que le soutien de Jacques Cheminade aux socialistes français de 2012 est un indice sûr que rien ne va changer : qu’aucun des cadres du PS n’ait percé à jour le personnage, que certains de ces cadres, comme des perroquets, répètent sans réfléchir les recettes dérisoires du cet ex-disciple de LaRouche, comme la séparation des banques d’affaires et des banque de dépôt, est révélateur de l’amateurisme et de l’incompétence de ces chefs. Révélateur et inquiétant, car on peut tout craindre si ces recettes recevaient un début d’application ! Nicolas Sarkozy a beaucoup de chance que Jacques Cheminade ait choisi le camp d’en face ! S’il existe des chefs socialistes lucides, ils doivent être bien embarrassés de ce soutien......
