Cher Canal ER,
merci de ce magnifique article. Rien à redire sur le fond, tout est dit et bien dit.
Je dois à mes lecteurs quelques explications, la qualité de cet édito m’y oblige.
Je reconnais avoir fait partie de ceux qui voulaient passionnément sauver le soldat Sarkozy. Tout ce que vous dites sur lui est juste, mais si on affine, on trouve quand même une certaine complexité.
Sarkozy, en 2007, avait réuni en lui tous les atouts pour faire gagner la France pour au moins une génération.
Voici pourquoi il avait si nettement gagné : il n’était pas énarque, il n’était pas (et n’est toujours pas) marxiste. Il était plein d’énergie, il parlait franc. Son passé politique était celui d’un ’’winner’’.
Le marxisme, sur le vieux fond gaulois-ligure du pays, n’est qu’une importation, qui a violé et continue à violer l’âme de notre peuple. Ce n’est d’ailleurs pas la seule idéologie qui la viole.....
Sarkozy était viscéralement anticommuniste, ne serait-ce que dans sa Hongrie ancestrale, il était mieux placé que personne pour connaître les crimes de cette idéologie de mort, je veux dire le socialisme.
Il avait axé sa campagne sur certaines promesses, dont il faut reconnaître qu’il en a honoré beaucoup avec pugnacité : les droits de succession, la défiscalisation des HS, etc. Cela n’a pas été simple, l’opposition marxisante, touchée en plein coeur par ces réformes, ayant tout fait pour qu’il trébuche.
Jusqu’à l’automne 2008, tout n’allait pas trop mal, en dépit des consternantes maladresses du début. Hélas, la crise financière s’est déclarée, comme une tornade. Désormais, toute l’énergie du président fut absorbée par cette sale épreuve. Plein de chantiers ouverts n’étaient ni faits ni à faire et sont restés en l’état. Du coup, le reste, c’est vrai, a été géré au jour le jour, dans l’urgence permanente et dans le peu de temps laissé par les actions ’’anti-crise’’.
La campagne présidentielle a souffert de cette fébrilité désordonnée.
Alors pourquoi la spirale de l’échec ? ceux qui me lisent m’auront compris : bien sûr, ce n’est pas l’échec du soldat Sarkozy qui me chagrine au premier chef, c’est l’échec de la droite française, qui avait investi le plus gros de ses espoirs en lui en 2007. Il faut analyser les causes des échecs pour se préparer aux épreuves suivantes.
Sarkozy, on l’a découvert avec une certaine perplexité, était un homme fragile et complexé.
Dans ses fragilités, un manifeste manque de savoir-vivre, qu’on n’avait pas perçu dans sa campagne de 2007. En France, le manque de savoir-vivre ne passe pas, même chez les plus grossiers de nos concitoyens, qui se savent impolis eux-mêmes sans vergogne et sans envie de s’en corriger mais qui n’admettent pas l’impolitesse chez les grands (nos politiciens ont remplacé ceux qu’on appelait ’’les grands’’ avant 1789). J’en atteste, les plus rudes paysans de mon coin, dont le tact et la politesse ne sont pas les premières qualités, ont parfaitement perçu ce manque de savoir-vivre et en ont été offusqués. Il n’en faut pas plus pour passer d’un vote à Sarkozy à un vote Hollande ! si vous voyiez comme je le vois tous les jours, la diabolique intelligence des démagogues socialistes quand ils font campagne dans nos ruralités, dans toutes les élections, comme ils sont polis, prévenants avec les personnes âgées, jouent cyniquement de l’attente de moralité fruste dans la France profonde (alors qu’eux-mêmes, dans leur vie personnelle, se gaussent de ces scrupules), comment ils savent s’adapter à la mentalité de ces gens roués mais simples, qui attendent de leurs représentants la classe dont ils se savent parfaitement incapables eux-mêmes ! le pauvre Nicolas, jamais sorti du microcosme parisien et de l’indifférence souriante et glacée des bobos de Neuilly, n’avait certes jamais rencontré cette France profonde, et ça l’a tué auprès d’elle.
D’où ces lamentables ratés du début de règne : l’imbécile réunion au Fouquet’s, sur laquelle les chiens socialistes, flairant la curée assurée, se sont jetés. Et de suite après, il en rajoute une louche avec son escapade sur le yacht de Bolloré, ce qui décupla la meute des chiens déjà en piste ! alors qu’il aurait dû, à grands renforts de reportages télévisés solennels : 1) aller déposer une gerbe au Soldat Inconnu, et 2) se retirer au Fort de Brégançon pour y souffler huit jours, en y entrant sous une haie de gardes républicaines en superbe grand uniforme, et en déclarant au bon peuple qu’il avait besoin de se concentrer pour affronter les redoutables problèmes qui l’attendaient. Ces fautes de goût sont impardonnables, on reste sidéré que personne, dans son entourage, ne l’ait averti, que dis-je, ne l’ait alerté !
Et ce voyage en Egypte après sa rencontre avec Carla Bruni, avec ces photos complaisamment étalées dans la presse people ! on en était gêné pour lui ! donc, gêné pour la France.....
Il faut reconnaître à Carla Bruni qu’elle, du moins, connaît sur le bout du doigt les bonnes manières et les règles de la politesse française. Par la suite, elle a fait faire à son président de mari de grands progrès, mais, comme toujours, trop tard !
Et cet épisode de son fils avec l’EPAD, quelle faute de goût ! quel malotru de parvenu ! une faute qui fut la dernière de cette ampleur, mais la plus grave !
fallait-il que la vague de 2007 soit puissante pour que malgré ces erreurs majeures, tout se soit terminé par un quasi-match nul ces jours-ci, puisque sans la consigne de Marine, il serait aujourd’hui réélu ! ce qui ne rend son échec que plus désolant.....
Nicolas Sarkozy se piquait de Molière vers la fin de sa campagne, quand il bénéficiait des excellents discours de Guaino. Mais il ne connaît de Molière que la surface : s’il le connaissait en profondeur, il saurait qu’une maladresse ne se rattrape jamais (source : Les Femmes savantes, la scène désopilante entre Vadius et Trissotin, quand ce dernier se fait piéger à propos de l’auteur des vers écrits ’’sur la fièvre qui tient la princesse Uranie’’). S’il avait bien compris cette leçon, que l’on apprenait naguère en classe de Troisième du temps où existait encore une vraie instruction publique, il aurait immédiatement compris qu’il ne devait pas se représenter et confier à Fillon ou Juppé le soin de mener la droite au combat de 2012, où elle aurait fait un tabac, dans le contexte d’une droite majoritaire à 60% en comptant le FN.
Je disais au début que Nicolas Sarkozy, outre son manque de savoir-vivre, est un homme complexé.
Il n’a cessé de s’excuser d’être descendant d’une famille d’immigrés hongrois. Mais que diable ! l’Histoire de France aurait dû lui enseigner l’ineptie de ces complexes ! Mazarin, qui dut affronter la redoutable Fronde, ne s’excusait pas d’être italien ! il a gouverné la France, tout en entretenant les relations privilégiées que l’on sait avec la Reine Anne d’Autriche, sans le moindre complexe et avec une intelligence dont bien peu de DeSouchiens auraient été capables ! songez à son chef-d’oeuvre, le Traité de Westphalie, signé l’année de sa mort.... songez au Traité des Pyrénées, signé deux ans plus tôt !
Nos Rois bien François ne se sont pas gênés pour épouser des européennes non françaises, sans s’en excuser à tout propos ! Songez à Catherine de Médicis, mère de trois de nos rois ! avait-elle des complexes de son italianité pur jus, quand elle fit faire avec un courage hors du commun un mémorable Tour de France à son fils, le roi tout nouvellement sacré Charles IX ?
Ce complexe trop visible chez Sarkozy était plus qu’une faute de goût, c’était une erreur, un manque de psychologie. Le français est entier, quand il adopte, il adopte, point barre ! c’est une des grandes différences avec l’anglo-saxon, qui, lui, n’adopte jamais, ne se mélange jamais. Cette timidité, cette réticence, est perçue, au fond de l’âme paysanne française, comme une méfiance, un recul intérieur vexant pour celui qui avait de tout son coeur considéré cet adopté comme faisant partie de la famille.
Et ce complexe lui a fait commettre des fautes graves dans sa gestion de l’immigration. Des fautes psychologiques, les pires. Car quand il découvrit enfin, dans ses derniers discours, toute l’ampleur du drame de l’immigration clandestine, il avait, de par son complexe à fleur de peau, du mal à être crédible. ce qui explique en partie les 6400000 électeurs de Marine, bien qu’elle ait présenté aux français un programme économique nul à crever. Tant il est vrai que dans mon entourage, le voyais bien que le vote pour Marine était un vote contre l’immigration clandestine, loin devant tout autre motif. Sarkozy n’était cité que pour sa gestion courageuse de la crise (on me disait souvent : ’’heureusement qu’on l’a eu, il s’est démené pour nous’’), et un peu, un peu seulement, pour son action contre la délinquance, mais jamais pour son action contre l’immigration-invasion.
Je le répète, je suis en plein accord avec Canal ER sur le fond. Mais il m’a semblé que cet épisode Sarkozien de notre longue histoire méritait une analyse un peu plus détaillée.
Reste à voir comment on s’en sortira, de tous ces ratés, de toutes ces occasions perdues. Il faut attendre un peu pour y voir plus clair....notre pays en a vu d’autres, mais à force à force, ce coup-ci, on commence vraiment à flipper !
FREDELAS
Répondre à ce message