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Fabius tel qu'il est.

Fabius tel qu’il est.

dimanche 20 mai 2012, par Fredelas

Le portrait du plus vieux jeune 1er ministre


Je ne vais vous servir ni le sang contaminé ni le Rainbow Warrior : je laisse à d’autres le soin de rappeler comme il se doit ces deux hontes de la politique française, surtout la seconde, qui nous a valu la nouvelle et étrange notion humanitaire de ’’responsable mais pas coupable’’. Il fallait le faire, ils l’ont fait ! quand on pense que Fabius a signé de sa main, après en avoir eu connaissance de façon parfaitement consciente, tous ces papiers qui envoyaient à la mort lente la plus atroce des centaines de pauvres gens qui croyaient se faire soigner par transfusion...

Quand on pense que toute cette horreur c’était pour gagner de petits sous sur le dos de prisonniers qu’on avait là, sous la main, à qui on soutirait par force, gratos, leur sang....quand on pense que l’état de santé des prisonniers, lamentable depuis toujours, était parfaitement connu de tout le monde depuis des dizaines et des dizaines d’années, qu’on connaissait les types de maladie contractées automatiquement dans chacune de nos prisons célèbres (exemple : à la Santé, plus de deux ans de séjour vous passait automatiquement la tuberculose....partout, la syphilis était très présente....) quand on pense que pour avoir une place au petit paradis des infirmeries des prisons, tant de prisonniers, jeunes ou vieux, s’inoculaient volontairement n’importe quelle maladie....par exemple, si un co-prisonnier de la même cellule était notoirement tuberculeux, son compagnon le faisait cracher dans une plaie qu’ils se faisait volontairement au bras (témoignage bien connu d’un médecin des prisons dans son livre ’’Le petit paradis’’). Quand on pense à tout ça, ça ne fait guère plaisir de revoir la tête de Fabius, que même un Frèche avait qualifiée de ’’tronche pas catholique’’....donc je laisse à d’autres le soin de développer toute cette fange.

Fabius a suffisamment dévoilé son vrai caractère dans des circonstances bien plus banales, qui sont d’autant plus révélatrices qu’elles sont banales. Il se trouve que je l’ai connu personnellement de près, au bon vieux temps de nos études qui nous ont rapprochés par hasard, une poignée d’années avant 1968, dans ce haut lieu de la pensée française que nous fréquentions tous deux, à trois ans d’écart. C’était alors un dandy à l’abord sympa, bien plus mince qu’aujourd’hui, à la chevelure brune coiffée à la Manuel Valls et arborant volontiers, à la belle saison, des chemises blanches façon BHL.

Il se savait membre de la jeunesse dorée de l’époque et ne nourrissait de ce fait aucun complexe, au contraire ! il en était fier avec simplicité et rayonnait de bonheur de ce temps gagné sur les autres, les besogneux qui, contrairement à lui, avaient besoin, pour vivre, du salaire d’élève-fonctionnaire-stagiaire attaché au droit, gagné par concours, de fréquenter ce haut lieu.

Il aimait les bons mots, comme tout archicube qui se respecte. De mémoire, je vous cite quelques-uns de ses préférés, certains lui étaient dus, rendons à César....

’’il est de gauche, c’est bien, mais il y croit, quel idiot !’’

’’Je vais chercher à percer sur ma gauche parce qu’à droite toutes les bonnes places sont prises’’

’’Dans le Midi, on ne peut pas se faire élire sous une autre étiquette que socialiste. Il y a même des départements, comme l’Ariège, où les habitants ne savent pas qu’ils pourraient voter autre chose que socialiste’’.

’’Pour faire une campagne électorale, il suffit de trois cents mots de la langue française’’.

J’avoue que ces bons mots, j’étais jeune, je les trouvais drôles et je faisais partie des rieurs. Ma seule excuse : je n’étais pas le seul......

Mais tout ça c’est de la broutille, des amuse-gueules qui sentent leur potache. Passons aux choses sérieuses : je vais me concentrer sur un seul point, alors que je pourrais en citer une bonne dizaine de cette farine. Cet unique point suffit à montrer le cynisme absolu qui se cachait sous ces bons mots de gosse de riches :

Fin 1983, après le terrible plan de rigueur du printemps 1983, Mitterrand vira les cocos du gouvernement et nomma Fabius, âgé de 37 ans, Premier Ministre, le plus jeune à ce poste depuis le début de la Cinquième république.

Dans la continuation du plan de rigueur, il s’agissait pour lui de ne pas plaisanter et de poursuivre cette rigueur qui produisit des chômeurs et des sdf en quantité jamais vue en France. Donc il lui fallait mater les fonctionnaires, leur montrer une grosse trique pour qu’ils la ferment une fois pour toutes.

Petite parenthèse : les fonctionnaires, j’en parle en connaissance de cause, sont des travailleurs comme les autres et ne sont généralement pas à la noce avec leurs salaires au lance-pierre et leurs horaires bien plus élastiques qu’on ne croit. Je sais qu’ils sont décriés, ce qui arrange les gouvernements, mais les français ne mesurent pas leur chance d’avoir une fonction publique non corrompue. Essayez d’acheter un sujet d’examen, ou un juge, ou un contrôleur quelconque, vous m’en direz des nouvelles ! et cela, il faut être honnête, d’un bord à l’autre de l’éventail politique : le fonctionnaire moyen français, indépendamment de ses convictions politiques ou religieuses, n’est pas à vendre (beaucoup de nos voisins européens ne peuvent pas en dire autant). Leur garantie de l’emploi, ils la payent plusieurs fois dans leur vie souvent morne, qu’ils terminent presque tous blanchis sous le harnais. Cette garantie sert à leur faire avaler toutes les couleuvres du monde, et les pires qu’ils avalent, c’est drôle, c’est sous des gouvernements de gauche.....comme celle qui va suivre !

Les syndicats de fonctionnaires avaient signé fin 1982-début 1983 un accord salarial qui augmentait les salaires des fonctionnaires de 8% pour toute l’année 1983 (attention, cela signifiait : 1ou 2 pour cent en mars, encore 1 ou deux pour cent en juillet, un petit chouïa en octobre et le solde en décembre, autrement dit, pour l’année 1983 elle-même, on était globalement autour de même pas 4% d’augmentation et non pas 8, les 8 ne jouant à plein qu’à partir de janvier 1984. C’est à coups de mesquineries comme celle-là, retardant d’un an la nécessaire revalorisation pour faire face à la hausse des prix, que nos ministres bouclent leurs budgets....

Huit pour cent vous semble énorme ? mais en 1983, l’inflation était supérieure à 8 pour cent ! ça rattrapait un peu moins que la hausse des prix ! donner moins c’était baisser le salaire ! et pour en arriver là, les syndicats s’étaient épuisés en négociations interminables, arrachant au ministre de la fonction publique l’augmentation à coups de dixièmes de pour cent en dixièmes de pour cent au fil des réunions pas toujours bien sereines...

Pour commencer, le plan de rigueur du printemps 1983 sucra purement et simplement, sans l’avouer publiquement, l’augmentation de 8 pour cent si laborieusement gagnée par les syndicats. Ce qui constituait, grâce à la fée inflation, une baisse des salaires des fonctionnaires de 8%. Et le mécanisme des ’’points d’indice’’, qui rémunère les fonctionnaires, est tel que cette baisse était perpétuelle, se répercutant sur la totalité des rémunérations à venir et donc aussi sur les retraites. Bien entendu, cette baisse drastique s’accompagnait d’un blocage sine die des traitements de tous, du haut en bas de l’échelle. Laval n’était pas allé aussi loin en 1934-35 : il avait baissé les salaires de 5% pour les petits et moyens fonctionnaires et de 10% pour les autres, mais dans une époque de déflation catastrophique, qui rendaient ces baisses infiniment plus supportables que la baisse de 8% de Mitterrand en 1983 (sous Laval, les prix baissaient partout de plus de 20 %, parfois de 30 ou 40%) (Parenthèse : Laval était socialiste, on l’oublie trop souvent. Socialiste comme les nazis, puisque nazi est une abréviation de ’’national-socialiste’’, ou si vous préférez ’’socialiste national(iste)’’. Fin de la parenthèse).

Alors les syndicats, vers Noël 1983, demandèrent timidement au gouvernement du fringant Fabius comment il comptait rattraper la méchante baisse du pouvoir d’achat qu’ils venaient de subir de plein fouet. Fabius éluda mais promit des négociations en janvier 1984.

Ces négociations eurent lieu comme promis courant janvier et les syndicats, poussés violemment par leur ’’base’’, commencèrent par claquer la porte car (je résume) les propositions de Fabius, c’était du foutage de gueule intégral. Le gouvernement décida de décider seul, sans l’aval des syndicats. Et voici ce qu’il pondit : on donnerait aux fonctionnaires une prime de rattrapage unique, versée en une seule fois, de cinq cents francs, censée apurer une fois pour toutes la baisse de salaire de 8% se répercutant, elle, sur la totalité de la carrière. Ces 8% représentaient en moyenne, pour les fonctionnaires, une perte annuelle, pour toute la suite de leur carrière et pour leurs retraites, de 6000 francs. Sur une carrière de vingt ans : 120 000 francs valeur 1983. Et sur la retraite subséquente, encore autant. Autrement dit, cette baisse de 8% constituait une très grave baisse du niveau de vie, rendant la vie plus dure pour un même travail et même pour davantage de travail, puisque le plan de rigueur avait augmenté les impôts et que la seule solution pour ne pas mettre son budget en faillite était, pour beaucoup, de travailler plus. Ce qui donne une juste idée de l’aumône insultante que représentait cette prime unique de 500 francs. Cette insulte, en outre, entérinait définitivement cette baisse du niveau de vie de 8 pour cent, car le blocage des traitements n’était pas remis en cause. Cela ne fut jamais remis en cause par la suite. Bien au contraire, lorsqu’on débloca les traitements des fonctionnaires vers la fin 1984, le nouveau niveau de vie de tous, déjà baissé de 8% en 1983, continua à s’effondrer, puisque les rares augmentations concédées par le pouvoir socialiste étaient fort loin de compenser la dérive des prix telle que calculée annuellement par l’INSEE ; et pourtant ces calculs de l’INSEE, partiaux, ne traduisaient pas la vraie hausse des prix, ils n’en traduisaient que 50 à 75% selon les années. On estime généralement que par rapport aux années Giscard, les fonctionnaires de France d’aujourd’hui, au niveau cadre moyen et même petit cadre, ont perdu sensiblement plus de 30% de leur pouvoir d’achat.

La colère des syndicats et des victimes fonctionnaires était grande et commençait à se manifester. Voici comment Fabius la déjoua : il calcula que 500 francs représentaient 7 pour cent du salaire mensuel moyen des fonctionnaires.

Et il fit publier dans toute la presse écrite, en énormes caractères gras à la une, et il fit déclamer à son de trompe sur toutes les radios et toutes les tv, plusieurs jours durant, du matin au soir, par un matraquage médiatique pas possible, un vrai lavage de cerveau, la phrase assassine suivante : ’’LE GOUVERNEMENT A DECIDE D’AUGMENTER LES FONCTIONNAIRES DE SEPT POUR CENT’’.

Pour comprendre l’effet de bombe atomique produit sur le public par cette info, il faut savoir que début 1984, toute la France en prenait plein la gueule du plan de rigueur de Mitterrand du printemps 1983 : la vie continuait à augmenter grave (l’inflation n’était pas loin de deux chiffres et les impôts avaient été augmentés), mais les fiches de paie ne bougeaient pas, ou que d’infiniment peu : 0,5 pour cent par ci, 0,3 pour cent par là ; zéro pour cent un peu partout....les fonctionnaires n’étaient donc pas seuls à voir leurs rémunérations bloquées face à une hausse des prix encore voisine de 10% l’an. Alors imaginez l’opinion lisant cette info, qu’y avait-il dans la tête des gens ? seulement ceci : ’’ah putain, nous on en bave, et ces salauds de fonctionnaires qui sont augmentés de 7 pour cent, ah c’est dégueulasse, la garantie de l’emploi ne leur suffit pas, ah les vaches, sales fonctionnaires, il faudrait les sacquer !’’ je me souviens, ceux qui savaient qu’untel ou untel était fonctionnaire, pour un peu, ils les auraient lynchés dans la rue !

Mais le pauvre public, dans sa vindicte, était pardonnable, il était seulement victime d’une fausse info particulièrement répugnante, tendant à semer la haine et la discorde entre citoyens, pour mieux régner. Tandis que les journalistes, eux, sont impardonnables. Leur métier devrait être de ne jamais diffuser de fausses nouvelles, surtout de cette ampleur. Ils sont payés en principe pour vérifier, pour ne pas raconter n’importe quoi ! or aucun, je dis bien aucun, de la gauche à l’extrême-droite, n’a percuté sur ça ! tous ont docilement joué du tam-tam plusieurs jours d’affilée sur toutes les ondes et dans toute la presse écrite, pour annoncer la merveilleuse augmentation des fonctionnaires. ce sont eux les salauds de l’affaire et non les fonctionnaires. Dans n’importe quel pays où on ne plaisante pas avec la déontologie du journalisme, ces plumitifs et baveux auraient été virés tout de suite et sans indemnité ! mais en France, non ! il ne s’est rien passé ! personne n’a démenti, d’un bout à l’autre du pays. Mais le pire salaud de tous, ce fut Fabius, qui avait imaginé de répandre cette saleté de fausse nouvelle pour attiser la haine du public contre les fonctionnaires, et par là, faire avorter la légitime révolte contre la baisse pire que Laval des traitements de la fonction publique. Sans Fabius, les journalistes n’auraient jamais, d’eux-mêmes, répandu ces affreuses fausses nouvelles ! comme toujours, la culpabilité des journalistes se réduit à leur aplatissement systématique devant les ordres du pouvoir quel qu’il soit.

Ainsi, accessoirement, cette histoire, dans laquelle Fabius est à la fois responsable et coupable, montre jusqu’à quel point la presse écrite, la radio et les médias télévisuels sont aux ordres des propriétaires du pouvoir, en notre douce France. Chers lecteurs, seriez-vpus assez naïfs pour croire qu’aujourd’hui, donc 29 ans après ces faits, les choses auraient changé sur ce point ? allons donc !

Tput ce que je viens d’exposer ci-dessus est la stricte vérité, vérifiable sans contestation possible sur n’importe quelles archives, la presse, le JO, les archives de négociations salariales des fonctionnaires, les souvenirs de ceux qui sont encore là, bref c’est aussi certain que les vérités scientifiques éprouvées.

Chacun en tirera les conclusions qui s’imposent. les miennes sont très terre-à-terre : un mépris sans fond pour les journalistes, une aversion profonde des politiciens, qui, sous couvert de raison d’Etat, s’avèrent, une fois en situation, capables de tout. Et une perplexité croissante envers les systèmes électoraux dans ce qu’on appelle les ’’démocraties’’.

FREDELAS



1 Message

Répondre à cet article

  • Fabius tel qu’il est. 23 mai 2012 06:00

    Toujours aussi cultivé et érudit ce Frédélas !
    Eh bien non nous ne sommes pas en démocrassie , mais dans un régime oligarchique , d’où votre perplexité sans doute ...
    C’est pas grave , on verra peut-etre un jour la Restauration , alors Vive le Roi !

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