LA BANQUE ET LA MONNAIE, PARTIE I
dimanche 15 juillet 2012, par

Commençons par une mise au point, pour dissiper tout malentendu, et tout amalgame malhonnête avec les sempiternelles vitupérations marxisto-gauchistes sur la finance et l’argent.
La monnaie est une magnifique invention. Toutes les sociétés, tous les utopistes indépendants qui ont essayé de s’en passer ont abouti à de fantastiques régressions sociales, matérielles et morales ; parfois à des massacres de masse. Les moins pires de ces tentatives furent celles des socialistes utopistes français et/ou yankees : phalanstères de Fourier, familistères de Godin, multiples communautés nord-américaines, notamment des communautés de quakers, etc. Dans les phalanstères, on partageait même les femmes (’’aucune raison que les déshérités par la nature n’aient pas droit aux belles femmes’’. Je ne vous dis pas les suites sanitaires de ces belles idées, les pauvres femmes se ruinaient rapidement la santé et certaines mouraient bien avant quarante ans). Dans presque toutes ces communautés plus ou moins fermées, on remplaçait la monnaie par de fragiles ’’valeurs-travail’’. On produisait ce qu’on voulait et il y avait une bourse d’échanges interne, fondée sur le troc. Le résultat était chaque fois que la bourse, en peu de temps, était surencombrée d’objets inutiles pendant que les objets utiles s’arrachaient dans l’instant et devenaient en quelques heures rares et introuvables. Pour les conséquences massacrantes, voir la Terreur française de Robespierre, Saint-Just, Babeuf et consorts, joli galop d’essai. On décrétait chaque fois des lois du style ’’maximum’’, rigoureusement les mêmes que celles pronées par ce cher Mélenchon, qui veut interdire les rémunérations supérieures à 30 000 euros mensuels. Il y avait un maximum des salaires, un maximum des prix, et tout dépassement était puni ; au début, des sanctions pénales classiques, mais bien vite, comme ça ne marchait jamais, la peine de mort. Peine de mort aussi pour ceux qui refusaient les fausses monnaies inventées par ces dingues pour remplacer les vraies. Les bolcheviks de la grande époque, celle qui précéda la NEP de Lénine, s’inspirèrent des extrémistes français de 1792-93 mais en passant de l’échelle artisanale à l’échelle industrielle : avec nos pauvres minables assignats, on n’avait rien vu ! les bolchs laissèrent filer la monnaie dans des proportions vertigineuses : la fabrication des billets ne pouvait plus suivre leur dévaluation, aussi reprenait-on les billets de 1 milliard de roubles et les surchargeait-on en rajoutant des zéros à la valeur initiale marquée. On passait d’un jour à l’autre de 1 milliard de roubles à 1 trillion de roubles, et ainsi de suite.
Dans les provinces, plus aucune monnaie d’échange officielle n’avait de sens. Alors les gens refusaient tout échange sauf avec les anciens roubles en pièces dotées d’un titre d’or. La détention de ces anciennes monnaies était, c’est bien le moins de la part de socialistes, punie de mort, mais rien n’y faisait : pas de pièces d’or, pas de pain chez le boulanger, pas de blé chez le paysan. On cachait efficacement tout ce qui avait quelque valeur, vaisselles comprises. Alors les mini-communautés se mirent à émettre de petites monnaies locales, juste assez pour que la vie puisse continuer. Les bolchs répliquèrent par une répression aggravée jusqu’à la folie furieuse : ils forcèrent le public à accepter la monnaie d’état, qu’on s’efforçait pathétiquement de garantir par la ’’valeur-travail’’. Sur ces billets dont personne ne voulait, il était écrit : ’’ce billet est garanti par la tête de celui qui le refusera’’. Eh bien, les gens préféraient braver la mort qu’accepter ce papier frelaté.....tout ça se termina donc (très provisoirement) par la NEP de Lénine, qui revint brusquement au concept capitaliste de monnaie garantie par des avoirs réels, donc à cette époque par de la couverture-or. Pitoyable, Lénine fit amende honorable, lui qui avait voulu reléguer l’or au rôle de décoration des toilettes du prolétariat. Il fit passer chez tous les cadres du parti des instructions pour ce retour à une orthodoxie monétaire toute bourgeoise, en ces termes : ’’nous nous sommes trompés’’, (....ici, pour justifier ce retour à une monnaie d’état avec garantie-or......), ’’mieux vaut marcher provisoirement avec des béquilles capitalistes que ne pas marcher du tout ’’.
Tout ce préambule pour avertir mes lecteurs qu’ils n’attendent pas de moi la moindre critique de la monnaie en soi. Tous ceux qui passent leur temps à maudire l’argent, en suggérant que c’est l’argent qui est la cause de tous nos maux, que l’argent est immoral, etc, tous ceux-là sont invités à chercher d’autres sites que Reconquista pour y lire ce qu’ils ont envie de lire. Ici, nous connaissons trop bien l’Histoire des humains pour ne pas savoir à quoi aboutissent tous ces larmoiements compassionnels dont le point de départ est une fatwa sur l’argent assortie d’une excommunication républicaine des ’’riches’’, la monnaie, la pratique des prêts à intérêts, etc. Nous ne savons que trop que cette morale à quatre sous pour attardés mentaux a justifié les fleuves de sang de septembre 1792, de Lyon, les intarissables ruisseaux de sang des guillotines à sept fenêtres expérimentées à Arras, a justifié les abominables mariages nantais, la loi des suspects, le génocide vendéen, et tout ça pour, au final, enrichir monstrueusement les accapareurs d’assignats qui profitèrent de la ruine publique pour acheter des châteaux à la chaîne, de bonnes terres à la chaîne, à des prix dérisoires. Quand l’Etat lui-même finit, ô ironie, par REFUSER SA PROPRE MONNAIE EN PAIEMENT DES IMPOTS, c’est-à-dire entérina la ruine des assignats en les refusant en paiement des impôts, il était trop tard : les petits malins qui en avaient entassé des montagnes s’étaient empressés de les présenter aux Directeurs pour les transformer, c’était gravé dans le marbre de la loi, en bonnes terres, en bons immeubles et châteaux, etc. Leur fortune était faite, des assignats, quand l’Etat s’avisa enfin de les refuser, eux, ils n’en avaient plus depuis belle lurette....
Et nous ne savons que trop la longue liste des victimes des totalitaires socialo-marxistes, sacrifiées sur l’autel de la morale à quatre sous qui vilipendait la monnaie et l’argent : les famines organisées par Staline pour déposséder 6 millions de koulaks avant des les massacrer en les envoyant au Goulag du Grand Nord construire le canal de la Mer Blanche ; et les famines organisées un peu plus tard qui ont tué au moins quatre millions d’ukrainiens, ces derniers poussés à l’extrême jusqu’au cannibalisme. Dans l’oeuvre de Soljenytsine, on peut voir des photos de l’Ukraine où on mangeait des cadavres d’enfants jusque dans les rues....voilà comment ça finit, les larmes sur les prétendus méfaits de l’argent, et les excommunications républicaines des prétendus ’’riches’’ !
Notre but, dans ces textes sur les mécanismes des prêts et placements à intérêts, est à la fois plus modeste et plus ambitieux. C’est essentiellement un but pédagogique. Nous partons de ce constat désolant que de nos jours, il y a des abus et des dérives financières qui causent du tort à la société tout entière. Ces abus et dérives, quand ils ne sont pas de la malhonnêteté, la cotoient dangereusement. Or contrairement à ce que voudraient nous faire croire (souvent avec hypocrisie) les pontifes socialistes, ces abus et dérives ne sont pas inhérents à la monnaie, à l’argent, ni aux mécanismes entraînés par la composition des intérêts ; ces mécanismes sont neutres, ils sont, leur fonctionnement est mathématique. Les accuser est aussi inintelligent qu’accuser l’eau de tous les maux sous prétexte qu’elle provoque de temps en temps des tsunamis et des inondations. Ce que nous voulons montrer, c’est que ces abus et dérives pourraient être évités si le grand public était honnêtement informé et si, en même temps, il était mieux instruit. L’ignorance publique en ces matières est renversante. Les neuf dixièmes des abus et dérives disparaîtraient d’eux-mêmes si l’ignorance publique était combattue résolument par une véritable instruction publique. Nous vivons, hélas, dans un pays où presque tout le monde possède des comptes en banque, mais où moins de dix personnes sur mille savent et comprennent qu’un taux d’intérêt de douze pour cent l’an n’est pas du tout équivalent à un taux d’intérêt de un pour cent par mois. Répandre à grande échelle les comptes en banque dans un public d’une ignorance aussi abyssale est aussi irresponsable que répandre l’automobile dans une population où la majeure partie des gens ne sauraient pas conduire. Une crise terrible comme les subprimes US aurait été impossible avec une population consciente des conséquences des prêts usuraires qui leur étaient accordés. Or, ce n’est pas en trépignant avec de petits hurlements pour dénoncer l’usure, ni en appelant de grands prêtres socialistes pour faire la révolution, qu’on lutte contre l’usure abusive : c’est en s’instruisant assez pour pouvoir discuter d’égal à égal avec les prêteurs ! ce qui suppose de remettre les pendules à l’heure dans les ’’systèmes éducatifs’’ et d’y remplacer les charlatans qui les pourrissent par de vrais professeurs compétents et rémunérés en conséquence, des professeurs qui feront travailler (y compris à la maison !) au lieu de psalmodier des sermons anticapitalistes, antiracistes et tutti quanti. Ces lignes sont-elles trop sévères ? ah certes non, quand on pense que pas dix personnes sur mille comprennent que douze pour cent l’an ne font pas un pour cent par mois alors que l’Etat paie des ’’professeurs d’économie’’ !! on rêve, là ! ça donne le tournis ! c’est exactement comme un garagiste qui ne saurait pas conduire, là ! cette ignorance publique, donc, n’est pas à reprocher aux usagers de nos systèmes d’éducation nationale, elle est à reprocher à ces systèmes eux-mêmes ! donc à ceux qui y travaillent ! si l’économie était vraiment enseignée, on n’aurait jamais vu les crédits revolving proliférer en France !
Il est vrai qu’on a une idée de ce que sont certains professeurs d’ ’’économie’’ en pensant à Nathalie Arthaud, alias ’’La bave aux lèvres’’ (dixit Lionnel Luca). Au moins, celle-là, on l’a bien vue et entendue ! ah ! comme on aimerait lui faire passer un examen pour voir si elle comprend, elle, que douze pour cent l’an n’égale pas un pour cent par mois ! si beaucoup de professeurs d’économie lui ressemblent, alors Mimolette a tout faux, ce n’est pas du recrutement qu’il faut dans cette institution, c’est du dégraissage, on va regretter Claude Allègre !
Je donne donc rendez-vous à mes lecteurs, dans de prochains textes, pour des explications que j’espère les plus claires possibles sur les mécanismes des prêts à intérêt.
