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BANQUES ET MONNAIE, PARTIE VI

BANQUES ET MONNAIE, PARTIE VI

samedi 18 août 2012, par Fredelas

Aujourd’hui, nous allons regarder de plus près les tableaux d’amortissement les plus courants.

Rappel : un prêt est dit ’’amortissable’’ si et seulement si, à chaque échéance, on y rembourse une fraction du capital. La fraction de capital remboursée est appelée ’’amortissement’’ de l’échéance en question.


Cela dit, un prêt amortissable peut être remboursé de bien des façons : le choix est illimité. Les paiements intermédiaires sont appelés les échéances.
Les échéances peuvent être à intervalles réguliers ou non. Elles peuvent être à taux fixe ou à taux variable : dans ce dernier cas, les échéances ne peuvent pas être toutes calculées à l’avance, sauf si on connaît à l’avance les
variations futures des taux d’intérêts.

Le montant des échéances n(est pas obligatoirement constant, on peut avoir des prêts à échéances progressives (elles augmentent au cours du temps) ou dégressives (elles diminuent au cours du temps). Pour les prêts à long terme, on peut avoir des échéanciers complexes, avec des phases de dégressivité et des phases de progressivité ; de tels cas se présentent lorsque, par exemple, on a un prêt immobilier classique accolé à un prêt complémentaire à taux zéro (PTZ) : dans ce cas, il faut répartir les échéances du PTZ de façon à ne jamais dépasser, pour aucune d’elles, en cumulant les deux prêts, le tiers des revenus mensuel des emprunteurs. Cela oblige à des acrobaties financières qui aboutissent à des échéanciers compliqués, qui peuvent présenter des phases de dégressivité et des phases de progressivité. Lorsqu’on peut établir à l’avance un échéancier invariable, on l’appelle le ’’tableau d’amortissement’’ de l’emprunt. Le prêteur est alors obligé, théoriquement, de le fournir à l’emprunteur, avec une notice explicative qui éclaire l’emprunteur sur les taux effectifs qu’il supporte.

Dans cette partie VI, nous ne nous intéresserons qu’au plus simple des prêts amortissables : les prêts à échéances périodiques de période constante, à taux fixe et à montants d’échéance constants. Ce type de prêt amortissable couvre 90% des emprunts. Un tel prêt sera dit ’’à amortissement classique’’.

Mon but est de rendre tous les lecteurs non connaisseurs capables non seulement de lire ces tableaux d’amortissement classiques et de les comprendre, mais aussi de les construire lui-même, et surtout, de les vérifier.

Voici tout d’abord comment on les construit : chacun peut le faire avec une simple calculette scientifique (nul besoin d’ordinateur ni de logiciel mathématique sophistiqué, qui serait surdimensionné en l’occurrence).

Soit donc un emprunt d’une somme C à amortissement classique. On note i le taux d’intérêts annuel, t le taux d’intérêt mensuel correspondant et R le montant (constant) des échéances. Enfin on suppose le prêt remboursé par mensualités, en n échéances. La clé de la compréhension de tout est la notion de capital restant dû. La première échéance intervient un mois après le déblocage des fonds. Les échéances seront notées par leur numéro d’ordre chronologique. Le capital restant dû à l’échéance numéro k est le capital non encore amorti à l’instant même où on vient de payer le montant de l’échéance numéro k. Ce capital sera noté C_k. Dans l’ordre, les capitaux restant dûs sont donc C_1, C_2, .....C_(k-1), C_k, C_(k+1),.......C_(n-1), C_n. Comme la dernière et n-ième échéance solde le prêt, on a donc :

C_n = 0.

Au moment du déblocage, l’emprunteur doit C : c’est le capital restant dû au déblocage, que l’on peut appeler ’’la zéro-ième échéance’’. Pour cohérence des notations, on pourra noter C = C_0. Pour simplifier la notation dans la suite, on posera : q=1+t .

Au moment de la première échéance, voici l’état de la comptabilité de la dette : comme un mois s’est écoulé depuis le déblocage et qu’on n’a encore rien payé, le capital initial a augmenté de l’intérêt pendant un mois, donc il est devenu (1+t) C. Mais on rembourse R. Donc à l’instant même du remboursement de R, l’emprunteur ne doit plus que la somme (1+t) C-R = q C-R. Par suite :

(0) C_0 = C

(1) C_1 = (1+t) C_0 - R = q C - R

En continuant ce raisonnement, on obtient de même les équations :

(2) C_2 = qC_1 - R

......

(k) C_k= q C_(k-1) - R

...........

(n) C_n = q C_(n-1) - R

Les équations (0) à (n) permettent de remplir la colonne du tableau d’amortissement dont le titre est : ’’capital restant dû’’, pourvu qu’on connaisse n, R, C et t.

En fait, si on connaît C, t et n, on en déduit R (donc à partir de C,t et n, le nombre R est déterminé).

On extrait R des équations (0) à (n) de la façon suivante : on multiplie l’équation (0) par q^n, l’équation (1) par q^(n-1), l’équation (2) par q^(n-2), et ainsi de suite, donc l’équation (k) par q^(n-k), etc, l’équation (n) par q^0=1. Une fois ces multiplications écrites, on additionne les équations obtenues membre à membre. Tous les termes intermédiaires en C_0, C_1,.... jusqu’à C_(n-1) se détruisent (figurent à l’identique dans chaque membre), et il reste la relation :

(a) C_n = q^n C - R (1+q+q^2+....+q^k+....+q^(n-1))

Une formule bien connue donne la somme G = 1+q+q^2+....+q^k+....+q^(n-1). Du fait que q = 1+t >1, cette somme se contracte en une formule plus simple, elle vaut : (q^n - 1) / (q-1) (on le démontre immédiatement en multipliant la somme G par q-1 ). L’équation (a) s’écrit donc :

C_n = q^n C - (R(q^n-1) / (q-1)

Mais comme C_n = 0, l’équation ci-dessus donne enfin :

(A) R = (q-1) q^n C / (q^n -1)

Une fois calculé R avec (A), la construction du tableau n’est plus qu’une formalité. Comme on connaît maintenant R, on peut remplir la colonne ’’capital restant dû’’ comme expliqué ci-dessus. La colonne ’’échéances’’ est toute remplie, avec R partout. Pour chaque numéro k, la ligne de ce numéro se termine par C_k. Les colonnes à gauche de ’’capital restant dû’’ sont, dans l’ordre, la colonne des dates des échéances, la colonne ’’échéances’’, la colonne ’’intérêts de l’échéance’’, et la colonne du capital restant dû. Il ne reste plus qu’à remplir la colonne des intérêts de l’échéance. Or sur la ligne numéro k, il est très facile de calculer cet intérêt c’est évidemment t C_(k-1), car c’est l’intérêt produit pendant le mois précédent de ce qui restait dû après paiement de l’échéance précédente (celle de numéro k-1). On remplit ainsi la colonne ’’intérêts de l’échéance’’. Le capital amorti par le paiement de la k-ième échéance est évidemment C_(k-1) - C_k : la somme de ce capital amorti et des intérêts de l’échéance est le remboursement total R, on a donc R= C_(k-1)-C_k + t C_(k-1), ce qui est une autre manière d’écrire l’équation (k). Notre tableau est construit ! avec une simple calculette scientifique ! ne vous laissez plus intimider par le banquier qui vous raconterait qu’il faut ’’un logiciel pointu ’’ pour former ce tableau !

Chers lecteurs, ce que je viens de vous résumer là est l’une des connaissances les plus fondamentales de toute la finance. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce qu’un tableau d’amortissement contient comme informations.

En voici quelques unes :

1) l’exposé ci-dessus montre que pour C et n donnés, la relation entre R et le taux d’intérêts est biunivoque. La formule (A) montre que le taux détermine R. Mais une étude mathématique, plus fine , qui n’a pas sa place ici, montrerait qu’inversement, si vous connaissez R, n et C mais pas le taux d’intérêts, ce dernier est déterminé de manière unique. Donc connaître R, n et C équivaut à connaître t, n et C, et cette connaissance détermine entièrement les quatre paramètres R, n, t, C.

2) Une fois connus R, n, t et C, on en déduit le tableau d’amortissement comme on vient de le voir.

Mais inversement, supposons qu’on nous donne un tableau d’amortissement sans donner ni t ni C. Alors on peut en déduire, sans avoir besoin de les rechercher nulle part, les valeurs de C et du taux d’intérêts. Le taux d’intérêts se déduit de n’importe quelle ligne du tableau de numéro supérieur à 2. En effet, dans cette ligne k, d’après l’équation (k), la somme du capital restant dû et de R est C_k+R, donc c’est q C_(k-1). Mais C_(k-1) se lit juste au-dessus de C_k dans le tableau, dans la même colonne que C_k. On a donc

R+C_k = q C_(k-1), c’est-à—dire :

(B) q = (R+C_k) / C_(k-1)

ce qui donne q, qui est rappelons-le, 1+ t. Donc t = q-1, si la périodicité de remboursement est mensuelle, t est le taux d’intérêts mensuel. Le taux d’intérêts annuel i est alors donné par (voir partie V) :

(B’) i = (1+t)^(12) - 1

Chaque ligne du tableau à partir de la deuxième donc donc i. Une bonne façon de vérifier que le tableau est correct est que chaque ligne, de par ce qui précède, doit donner le même résultat pour i. Si par hasard, on trouvait une ligne où ce calcul donne une valeur différente de i, cela signifierait que le tableau EST FAUX, et il urgerait de demander des explications détaillées au prêteur.

Attention ! des prêteurs rusés parviennent à bidouiller les tableaux pour arriver à des MENSUALITES CONSTANTES EXACTES AVEC DES TABLEAUX FAUX (j’en ai un sous les yeux au moment où j’écris ces lignes). La fausseté du tableau, dans ce cas, se voit immédiatement par le fait que les premières lignes du (faux) tableau ne donnent pas le même taux d’intérêts que les suivantes. Ces bidouillages ne sont pas innocents : ils sont la plupart du temps destinés à augmenter frauduleusement les capitaux restant dûs, de façon à majorer frauduleusement ce que doit rembourser l’emprunteur s’il s’avisait de rembourser par anticipation. N’acceptez donc jamais un tableau d’amortissement si TOUTES les lignes du tableau à partir de la deuxième ne donnent pas le même taux d’intérêts.

Un autre avantage de ce calcul (B)+(B’) de q est qu’il vous donnera le VRAI taux d’intérêts qui vous a été appliqué. Le prêteur, depuis que la notion absconse de ’’TAEG’’ a été inventée, met ce qu’il veut dans le taux TAEG, s’il exagère, il faut lui faire un procès pour râler.....bon appétit ! entre le ’’taux nominal’’ et le TAEG, hélas, il y a loin de la coupe aux lèvres...mais la seule vérité qui ne ment pas est celle déduite du tableau comme je viens de l’expliquer.

Donc nous venons de déduire q du tableau d’amortissement. Il nous reste à en déduire C. Pour cela, on utilise la première ligne du tableau. l’équation (1) donne :

C_1 + R = q C, donc :

C = (C_1 + R) / q

et C_1 est le capital restant dû qui apparaît dans la ligne 1.

Toute cette étude montre une chose très importante : il y a UN SEUL TABLEAU CORRECT qui correspond à des valeurs données de n, t et C (ou des valeurs données de R, t et C, ce qui revient au même).

Donc si vous avez sous les yeux plusieurs tableaux d’amortissement différents qui donnent les mêmes échéances, au plus un seul peut être correct !

CONCLUSION DE l’ETUDE : si vous empruntez selon amortissement classique, exigez un tableau d’amortissement qui répond aux qualités ci-dessus. Autrement dit, n’acceptez jamais un tableau qui mélange les frais de dossier, les assurances, les frais de ci ou de ça ( l’imagination des banquiers pour inventer des frais est sans limite) pour aboutir à un montant unique d’échéance. S’il y a des frais annexes et des assurances, exigez-en la facturation séparée. C’est la seule façon pour vous, emprunteur, d’y voir clair et d’avoir le vrai taux que vous payez. J’ai vu maints emprunts où le taux annoncé par le prêteur est dans les 3,5 % annuels et où le vrai taux payé au final est de
6,5 ou même 7 pour cent l’an. Il faut un échéancier à part pour l’assurance et des factures séparées pour les frais. Et pour l’emprunt proprement dit, net de toutes autres charges que les intérêts, il faut le tableau d’amortissement correct

TERMINONS PAR UN EXEMPLE

Je prends à dessein un exemple fictif simple, à périodicité de remboursements annuelle. On achète un tracteur de 50 000 euros à crédit amortissable classique sur cinq ans, remboursable par annuités avec taux d’intérêts annuel à 3,2 %.
Comme on est agriculteur, pas de frais de dossier. Pour cinq ans, on peut assurer le prêt par une assurance ’’externe’’, donc nous n’avons que les frais d’intérêts.

On calcule d’abord R avec la formule (A) ; on trouve :

R = 10980,15

Le tableau se construit comme nous l’avons vu. Déblocage : 1er janvier 2013

Date échéance Montant échéance Intérêts dans l’échéance Capital restant dû

31/12/2013 10980,15 1600 40619,85

31/12/2014 10980,15 1299,84 30939,54

31/12/2015 10980,15 990,07 20949,46

31/12/2016 10980,15 670,38 10639,69

31/12/2017 10980,15 340,47 0,00

Sur ce tableau, on voit par exemple sur la ligne 3 que 10980+20949,46 = 31929,61 et que 31929,61 divisé par 30939,54 donne bien 1,032 comme il se doit.

On vérifie aussi que la smome des intérêts dans les échéances est égale au centime d’euro près à la différence entre les échéances payées et le prix intial du tracteur, 50000 euros.

Les lecteurs ont donc là l’exemple d’un tableau d’amortissement correct, nickel !

LIEN AVEC LE SCANDALE DES ASSURANCES

Maintenant, ceux qui m’auront suivi jusqu’ici vont pouvoir entrer dans le saint des saints des fameuses ’’marges arrière’’ o combien juteuses que se sont offertes les banques avec les assurances DCI sur les prêts immobiliers ou autres.

Comme je viens de vous l’expliquer, un tableau d’amortissement d’emprunt amortissable classique HORS ASSURANCES ET FRAIS DIVERS est un document clair, honnête, lisible et vérifiable par toute personne correctement informée. La caractéristique principale d’un tel prêt est que chacune des lignes du tableau d’amortissement à partir de la deuxième permet de retrouver pile poil le taux d’intérêts qui a été appliqué. L’honnêteté du tableau (et donc du prêt) se voit à ce fait, que la formule (B) donne toujours le même résultat quelle que soit la ligne choisie.

Les choses changent (dans le sens de l’obscurité) si votre tableau tient compte des assurances, c’est-à-dire si la mensualité constante de l’échéance intègre une cotisation d’assurance constante.

Dans ce cas, en appliquant les formules (B), on constate que le taux réel appliqué augmente régulièrement d’échéance en échéance. Ces augmentations de taux sont étonnamment importantes, même avec des cotisations fixes d’assurance qui semblent modestes. Les prêteurs pensaient que ce bidouillage resterait invisible, eh bien non, il a été vu quand même.......

La conseil d’Etat qui a donné raison à UFC/QueChoisir a constaté que ces cotisations d’assurances sont récupérées pour l’essentiel par la banque prêteuse et ne constituent nullement des commissions, mais des bénéfices indus qu’elles auraient normalement dû restituer aux emprunteurs ; Les petits grattages font les grandes rivières, puisqu’il est estimé que si les banques françaises doivent rembourser tout ce trop-perçu aux emprunteurs, cela leur coûtera collectivement entre 16 et 20 milliards d’euros. Nous allons voir sur deux exemples le mécanisme diabolique par lequel ces juteuses marges arrières tombaient dans l’escarcelle des prêteurs. Comme ce n’étaient pas des commissions, ces cotisations doivent êtreprises en compte pour calculer le vrai taux (’’effectif’’) payé par l’emprunteur. Ce taux n’est alors plus constant, il varie à chaque échéance pour une raison facile à comprendre : la cotisation d’assurance est fixe alors que le capital restant dû diminue, donc l’impact de cette cotisation sur l’échéance augmente à chaque fois qu’on amortir du capital.

EXEMPLE 1 AVEC ASSURANCE

L’emprunteur avait souscrit un contrat amortissable classique avec assurance. Le taux proclamé par le prêteur était 5,4% annuel. Capital emprunté 20831 euros. Assurance : cotisation constante 7,29 euros. Durée : 144 mois. Mensualités demandées, fixes et non révisables : 204,16 euros.

Pour obtenir le tableau dû au seul remboursement du prêteur, il convient de déduire des mensualités la cotisation d’assurance.

Là, première surprise : alors que le calcul correct avec le taux annoncé donne une mensualité hors assurance de 195,51 euros, le calcul avec la réalité demandée par le prêteur montre que cette mensualité effectivement payée est 196,87 euros. Cette première déconvenue s’explique aisément : pour déterminer le taux mensuel, le prêteur a divisé par 12 le taux annuel proclamé, ce qui est erroné comme nous savons. Le vrai taux annuel auquel conduit cette ’’erreur’’ est 5,536 % l’an et non pas 5,4% l’an. Ci-dessous, nous calculerons donc tout avec le vrai taux annuel appliqué, qui est 5,536 % l’an.

On constate alors que si on retranche des échéances les cotisations d’assurance, on a un tableau correct qui correspond pile poil au taux ’’majoré —à tort !— ’’annuel 5,536%.

Maintenant calculons le taux affectif payé assurance comprise en utilisant la formule (2).
Capital initial 20831. Capital restant dû à la première échéance : 20727,87 ; échéance : 204,16. Donc le vrai taux multiplicateur appliqué est ici (20727,87+204,16) / 20831 = 1,000485..., qui donne un vrai taux annuel de 5,988%.

Après paiement de la cinquantième échéance, le capital restant dû sur le tableau du prêteur est 15062,75.
Après paiement de la cinquantième et une-ième échéance, le capital restant dû sur le tableau du prêteur est 14933,67. Donc la formule (2) donne le multiplicateur q : = (14933,67+204,16) / 15062,75 = 1,00498..., qui donne un vrai taux annuel ( = q^(12) - 1) de 6,15%.

Après paiement de la 117 ième échéance, le capital restant dû sur le tableau du prêteur est 4994,71.
Après paiement de la 118 ième échéance, le capital restant dû sur le tableau du prêteur est 4820,32 .

Comme ci-dressus, on obtient ici q = 1,005960...., qui conduit au vrai taux annuel 7,4%.

Signalons au passage que le contrat indique un ’’TAEG’’ de 6,28%, chiffre qui ne correspond à rien de concret. Ce n’est que le résultat d’une cuisine invraisemblable dont la recette est indiquée dans la loi ! (sans doute rédigée par des ’’experts’’ dont je ne dirai rien de plus). Les formules de cette cuisine ne sont qu’un épais brouillard d’encre jeté sur des choses simples !

Et la chose simple, dans ce cas comme dans tous les cas analogues, est ceci : en présence de cotisations d’assurance constantes, plus vous avancez dans le remboursement du prêt, et plus le taux réel appliqué aux derniers capitaux restant dûs est élevé (c’est justement là que le prêteur va vous dire ’’ce serait idiot de rembourser maintenant, car vous ne remboursez que du capital’’. Oui oui ! idiot pour lui surtout, car ce sont ces dernières échéances qui rapportent le plus au prêteur, lui faisant allègrement dépasser, dans les calculs, le taux ’’TAEG ’’ indiqué.

Pour finir dans ce cas, calculons les échéances dues avec les vrais taux. Le vrai taux annuel proclamé est donc 5,4%.
Après paiement de la 117 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 4967,40.
Après paiement de la 118 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 4793,71.

Donc avec l’échéance de 204,16, le calcul de q donne 1,005991..., qui correspond à un vrai taux annuel de 7,43%.

Notre calcul est juridiquement correct, puisque ne conseil d’Etat a jugé qu’il fallait intégrer les cotisations d’assurance dans les calculs de taux (ces cotisations étant pour l’essentiel ristournées aux prêteurs).

EXEMPLE 2 AVEC ASSURANCE

Cet exemple 2 est emblématique car il montre la brutalité de l’usure quand elle est appliquée aux emprunteurs pauvres.

Rappelons que l’emprunteur, un couple au seuil de pauvreté, avait souscrit un prêt personnel de 25 000 francs (en 1987) sur 60 mois aux conditions suivantes prétendues sur le contrat :

Taux effectif global (TEG) de 16,8%.
Assurance facultative : 0,17% par mois des capitaux restant dûs en fin de mois.

Mensualité pour l’assurance : 27,28 francs
Mensualité sans assurance : 618,63 francs
Mensualité totale avec assurance : 645,91 francs.

Nous avions vu que le taux réel hors assurance était 0,014 % par mois, donc 18,2% annuels. Remarquons que le prêteur a bidouillé les cotisations d’assurance car si le contrat avait été respecté, ces cotisations auraient dû être dégressives. Or elles sont constantes, égales à 27,28 francs par mois.

En utilisant le taux réel du prêteur, calculons les capitaux restant dûs hors assurances à mi-parcours, donc aux 30 ième et 31 ièmes mois.

Après paiement de la 30 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 15069,65.
Après paiement de la 31 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 14662.

L’échéance demandée est 645,91. Donc le calcul (2) donne : q = 1,0158... d’où un taux annuel véritable de 20,71%.

En utilisant le taux réel du prêteur, calculons les capitaux restant dûs hors assurances aux 49 ième et 50 ièmes mois.

Après paiement de la 49 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 6266,35.
Après paiement de la 50 ième échéance, le capital restant dû sur le bon tableau reconstitué est 5735,45.

L’échéance demandée est 645,91. Donc le calcul (2) donne : q = 1,01835..... d’où un taux annuel véritable de 24,4%.

Vous avez bien lu : 24,4 %. Vingt-quatre virgule 4 pour cent annuels ! En fait, depuis la quarantième échéance, le taux réel appliqué est allègrement au-dessus du seuil de l’usure. Voilà la réalité de cet exemple !

Pour en tirer une moralité : le code pénal punit sévèrement le délit de dépassement du seuil des taux de l’usure : aujourd’hui, deux ans de prison et 45 000 euros d’amende pénale (s’ajoutant aux DI aux victimes). En outre, le prêteur qui s’en est rendu coupable doit restituer tous les intérêts perçus depuis le début et ne peut exiger que le remboursement du capital, moins les dommages-intérêts pour préjudices subis. Enfin, last but not least, le tribunal peut prononcer à l’encontre du prêteur l’interdiction temporaire ou définitive d’exercer des métiers de la finance.
Or que s’est-il passé à l’époque dans cette affaire ? l’emprunteur, vite étranglé par le chômage de Monsieur, après avoir remboursé un joli paquet d’échéances qui dévoraient son revenu, fut défaillant. Une avocate bien gentille fut désignée d’office, je vous laisse imaginer ses capacités en matière financière : à pleurer......
Cette avocate, humblement, reconnut la légitimité de la dette, ce qu’il ne fallait surtout pas faire ! et demanda des délais et un rééchelonnement. Le tribunal, outré, suite à la brillante défense des prêteurs, refusa à deux reprises. Majorations forfaitaires accablantes de la dette, signifiées par huissiers, histoire de bien montrer que la justice, en notre beau pays, ne plaisante pas. Huissiers encore et toujours. Saisies de pauvres meubles minables dans le HLM du couple. Commission de surendettement. Saisies-arrêts sur salaires. Nouveaux prêts accordés sur demande du tribunal, à ’’seulement’’ 15,5% l’an d’intérêts prétendus, par une grande banque désignée d’office. Mais vu la division par douze, le vrai taux était 16,65% annuels. Misère noire, maladie du Monsieur maintenant galopante, saisie de 140 francs mensuels sur les indemnités de chômage, sur lesquelles pointait la ’’fin de droits’’ et la nécessité de demander du RMI. L’assurance souscrite à prix d’or ? à mourir de rire ! ni l’avocate ni le tribunal n’ont eu le temps de regarder ça de près, pensez-donc, ces gens-là ont ’’tant de travail’’, n’est-ce pas ? vous n’allez tout de même pas gâcher leurs interminables vacances judiciaires pour si peu ! et puis l’assurance, à Londres, elle n’a jamais été contactée, le pauvre emprunteur avait menti sur son état de santé, il n’avait droit à rien, sauf à la payer, bien entendu....ici, nous perdons la trace de ces emprunteurs.

Au bout de x années de cette galère, il restait un résidu à payer. Depuis le temps, le capital initial avait largement été remboursé, au prix d’une vie de chien (l’organisme de surendettement donnait en espèces 50 francs par jour à la dame pour nourrir la famille, et puis c’est tout). Mais les intérêts et les pénalités du tribunal, qui dépassaient de loin ce capital, eux, restaient dûs, la loi c’est la loi, il fallait bien les payer, la chose jugée n’est-elle pas sacrée ?

Ce qu’il faut retenir dans l’affaire ; cela se passait sous une gauche triomphante et militante au zénith de sa gloire et de son arrogance. Mais à aucun stade, personne n’a vu qui était le vrai délinquant, l’usurier qui, subrepticement, s’offrait des dépassements magistraux des seuils de l’usure sur la peau de pauvres gens. La loi s’est appliquée mécaniquement, par des intervenants dont aucun n’a été capable d’aller regarder de près les conditions de ce honteux emprunt. C’est là qu’on vérifie ce que valent ces qualificatifs ’’droite’’ et ’’gauche’’ : pipeau intégral ! juges incapables de lire un tableau d’amortissement, de discuter d’égal à égal avec des banquiers crocodiles de haute mer !

Moralité de cette moralité : seule la véritable instruction publique est capable de réellement changer les choses dans le sens du bien dans nos sociétés hypermédiatisées fondées sur le culte du toc. Non pas que tout le monde puisse, un jour, comprendre le détail de tout ce que j’explique (quoique, au Japon ou en Corée, si, presque tout le monde le pourrait....). Mais il suffirait par exemple que 15 à 20 pour cent de la population atteigne un tel niveau. Car avec 15 à 20 pour cent, on toucherait chaque famille, et ça suffirait à tout faire basculer. Avis donc aux révolutionnaires en peau de lapin à la Mélenchon : arrêtez vos pitoyables cinémas, vous n’avez que le droit de la boucler !
Et avis aussi aux cadres du FN : le dernier exemple que je viens de développer est très représentatif des français déboussolés et désespérés qui votent pour vous. Alors à vos cahiers, et commencez par vous instruire vous-mêmes ! le jour où vous aurez des militants capables, parce qu’ils seront au niveau de comprendre ces arnaques indicibles, de rendre impossibles des scandales comme celui-là, ce jour-là, oui, vous gagnerez le coeur du pays et vous aurez haut la main plus de 50 pour cent des électeurs à vos côtés !

Dans la partie VII, nous étudierons les petites et grandes arnaques du crédit ’’revolving’’.



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  • MARIAGE HOMO, PARTIE II
    Dans cette partie II, nous abordons quelques aspects pratiques de la chose.

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